PROGRAMME JEAN-DANIEL POLLET

— Films en version restaurée
— Séances en présence de Jean-Paul Fargier

LUNDI 23 NOVEMBRE — 20h30
Cinéma Utopia

TU IMAGINES ROBINSON
France / 1967 / couleur / 86 min.
Avec Tobias Engel, Maria Loutraki.
Images : Yann Le Masson.

Fable utopiste davantage inspirée du roman Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier que du Robinson Crusoé de Daniel Defoe, TU IMAGINES ROBINSON s’éloigne de la fiction linéaire pour pénétrer l’intériorité d’un homme condamné à la solitude sur une île déserte.
Entre apocalypse et récit initiatique, à partir de la figure mythique du naufragé et de son Odyssée immobile, Pollet décrit l’apprentissage du réel par un être en lutte avec les éléments et les mirages, dans un paysage dépeuplé où l’imagination devient la seule arme contre le désespoir.
Il s’agit de survivre dans un monde d’objets réinventés avec ce que la mer rejette sur le rivage, de maintenir un lien avec la parole, fut-elle proche de la folie.
Cet homme est-il l’ultime survivant d’une guerre totale ? Ou bien est-il tombé à l’intérieur de lui-même ?

Le scénario de Remo Forlani et le commentaire écrit par le romancier Jean Thibaudeau sur le film tel qu’il se déroule sous nos yeux s’interpénètrent et brouillent les pistes. L’acteur Tobias Engel, oubliant qu’il est en train de jouer un rôle, part à la dérive avec son personnage, empruntant un chemin au-delà de la fiction. L’imagination, et d’abord celle du spectateur, est ici à la proue.

MARDI 24 NOVEMBRE — 20h30
Cinéma Utopia

L’ORDRE
Co-réalisation : Maurice Born

France / 1973 / couleur / 44 min / VOSTF
Avec Epaminondas Remoundakis.

Sur une commande de la Cinémathèque des laboratoires pharmaceutiques Sandoz, qui avait financé un de ses précédents courts métrages (LE HORLA, en 1966), Jean-Daniel Pollet s’associe à Maurice Born, chercheur à l’Institut de l’Environnement, pour réaliser un documentaire sur l’île de Spinalonga en Crète. Le gouvernement grec y réquisitionna un ancien fort vénitien pour reléguer les lépreux, entre 1904 et 1956. Les malades, considérés comme des prisonniers, furent d’abord gardés par d’anciens bagnards, et le suivi médical y était des plus rudimentaires. En 1948, malgré la découverte d’un médicament qui stoppe le mal, la lèpre reste l’objet de superstitions : « Ne me regarde pas dans les yeux parce qu’on l’attrape par le regard », ironise Remoundakis, avocat érudit et porte-parole de cette communauté de parias, lui qui a été incarcéré pendant 36 ans sans être coupable d’aucun crime. Qui sont les monstres ? Les patients rongés par la lèpre ou le corps médical, agent de l’exclusion et de l’enfermement ? Spinalonga est l’île des morts-vivants. L’homme à la voix rocailleuse et au visage crevassé comme les murs de la forteresse désormais abandonnée, témoigne, dénonçant la ségrégation sociale et le totalitarisme sanitaire.

Précédé de

LA MAISON EST NOIRE
(Khaneh Siah Ast)
Forough Farrokhzad

Iran / 1963 / n&b / 22 min. / VOSTF

Grand prix au festival d’Oberhausen, 1963

Le quotidien des lépreux dans un hospice de Tabriz, en Azerbaïdjan, par les yeux de Forough Farrokhzad, personnalité essentielle de la culture contemporaine en Iran, disparue prématurément. L’unique film qu’elle a réalisé dépasse avec un rare degré d’incandescence le constat documentaire en amenant un sujet tabou dans la sphère du « cinéma de poésie », captant sans fard, avec compassion, à la manière d’une eau-forte de Goya ou à l’instar de Buñuel avec son film TERRE SANS PAIN, un monde humain habituellement relégué dans les ténèbres.

Projection 35mm — copie restaurée par le CNC
Avec l’aimable autorisation de Mr Ebrahim Golestan

JEUDI 26 NOVEMBRE — 20h30
Cinéma Utopia

CONTRETEMPS
France / 1988 / couleur et n&b / 110 min.
Avec Philippe Sollers, Julia Kristeva, Boris Pollet, Leïla Geissler, Antoine Duhamel, Claude Melki.

Une manière radicale d’envisager la reprise, le retour sur images, avec l’idée d’un film-testament qui devient un film-opéra et relance les dés. Si tous les films de Pollet venaient à disparaître, il resterait CONTRETEMPS.
À partir de la matière de six de ses films antérieurs littéralement mis en pièces et de fragments d’un documentaire de Jean Baronnet, SKINOUSSA, PAYSAGE APRÈS LA CHUTE D’ICARE, Jean-Daniel Pollet et la monteuse Françoise Geissler opèrent une véritable réflexion sur le temps, le travail, la lumière et le cinéma. « Pourquoi et comment passer d’un plan à l’autre ? » s’interroge ce film-gigogne. Ce qui au final agence les cinquante-trois blocs d’images prélevés sans hiérarchie dans le matériau filmique préexistant, c’est la parole mélodique de la psychanalyste Julia Kristeva et de son mari, l’écrivain Philippe Sollers, brodant autour des mots-clés établis par le cinéaste.

VENDREDI 27 NOVEMBRE — 18H
Bibliothèque Mériadeck

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

Conférence de Corinne Maury
De la Méditerranée « au monde qui vient chez moi » : désorientations et méditations dans le cinéma de Jean-Daniel Pollet

Le cinéaste-poète Jean-Daniel Pollet n’a cessé tout au long de sa vie de filmer des pierres rongées par l’ardeur du temps. Ses essais cinématographiques, MÉDITERRANÉE, BASSAE, L’ORDRE, TROIS JOURS EN GRÈCE, DIEU SAIT QUOI, invitent à une circulation désorientée entre la Grèce et la Provence, entre là-bas et ici. Voyager, récidiver, méditer… Jean-Daniel Pollet sillonne les chemins hétérogènes du monde hellénique, convoque les temples mythiques et célèbre l’anachronie. Les formes antiques s’accrochent au présent technologique, et l’ancien s’agrafe au contemporain. De film en film, du dehors au dedans, il s’agit toujours, pour le cinéaste, de célébrer la circulation vive du regard .

Conférence suivie, à 20h30 au Cinéma Utopia, de la projection de DIEU SAIT QUOI :

DIEU SAIT QUOI
France-Belgique / 1993 / couleur / 85 min.

Une tentative de représenter cinématographiquement l’œuvre de l’écrivain et poète Francis Ponge, qui essaya, lui, de rendre compte des objets de la manière la plus précise et la plus rigoureuse qui soit. Ici, il n’y a ni personnage, ni histoire, mais simplement des choses qui bruissent, la musique d’Antoine Duhamel et des textes de Ponge lus par Michael Lonsdale*. En un parti pris radical, une juxtaposition de plans, comme un poète alignerait les mots.

*Acteur franco-britannique, Michael Lonsdale s’est illustré au théâtre et au cinéma chez Marguerite Duras, Jacques Rivette, Marcel Hanoun, Jean Eustache, Luis Buñuel, Jean-Pierre Mocky. Il nous a quitté à l’âge de 89 ans le 21 septembre dernier. Au revoir, Monsieur Lonsdale.

SAMEDI 28 NOVEMBRE — 16H
Bibliothèque Mériadeck

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

JOUR APRÈS JOUR
Jean-Daniel Pollet et Jean-Paul Fargier

France / 2006 / couleur / 65 min.

« J'essaie de mettre autant d'énergie dans l'image que cette fleur m'en donne », dit Jean-Daniel Pollet en ouverture de JOUR APRÈS JOUR, son film posthume. Contraint de séjourner dans sa maison provençale de Cadenet suite à un très grave accident, le cinéaste entreprend de réaliser envers et contre tout son ultime film uniquement à partir de photographies. De milliers de photos prises « jour après jour », saison après saison, durant une année. Sur une voix off écrite par Jean-Paul Fargier, se succèdent, dans un temps suspendu, un peu de neige sur une écorce d’orange, une figue ouverte, les champs en face de la maison, des fleurs coupées… Des natures mortes comme autant de tableaux encore vivants (« still life » en anglais), pour contrer l’oubli et l’inéluctable fin.
« J’aimerai mourir en prenant une avant-dernière photo », ciselle Fargier en guise de mystérieux testament pour son ami.

Séance présentée par Jean-Paul Fargier
Signature de son livre « Autobiographie - Les vies retrouvées de Jean-Daniel Pollet » (Éditions de l’Œil, 2020).

DIMANCHE 29 NOVEMBRE — 20H30
Cinéma Utopia

REPRISE :

MÉDITERRANÉE
Jean-Daniel Pollet

France / 1963 / couleur / 45 min.
Texte de Philippe Sollers
Musique d’Antoine Duhamel

BASSAE
Jean-Daniel Pollet

France / 1964 / couleur / 9 min.
Texte d’Alexandre Astruc dit par Jean Negroni

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GRADIVA - ESQUISSE 1
Raymonde Carasco

France / 1978 / couleur / 25 min.

À l’origine de cette « esquisse », il y a la nouvelle éponyme de l’écrivain allemand Wilhelm Jensen et en arrière-plan la célèbre analyse qu’elle a inspirée à Freud : la fascination et le délire qu’exercent un bas-relief découvert sous les cendres de Pompéi, figurant de profil une jeune patricienne d’allure grecque, figée élégamment dans sa marche et dans les plis de sa toge. Raymonde Carasco formule ici une série de variations tentant de capter l’instant suspendu, la cambrure du pied nu sur le point de se poser sur la dalle, dans la chaleur vibrante du jour.

HÉRACLITE L’OBSCUR
Patrick Deval

France / 1967 / couleur / 20 min.

Un péplum philosophique narré par la voix de Charles Denner.

Séance en présence de Patrick Deval

— Les copies de GRADIVA - ESQUISSE 1 et de HÉRACLITE L’OBSCUR sont issues des collections de La Cinémathèque de Toulouse.