NOUVELLES VAGUES


Une sélection de films et de vidéos des années 60 à aujourd'hui proposée par l'association Monoquini dans le cadre de l'exposition If everybody had an ocean : Brian Wilson, une exposition, au CAPC Musée d'art contemporain de Bordeaux.
(16 novembre 2007 - 9 mars 2008)

Films et vidéos d'artistes, films expérimentaux, clips musicaux, documents et raretés d'origines diverses, constituent en un cycle de six séances un ensemble qui tisse à la fois des liens avec les œuvres présentes dans l'exposition et tend à recomposer un portrait imaginaire de Brian Wilson, compositeur et leader des Beach Boys, dans le contexte culturel et social des années 60.



Séquence 1 / Mercredi 05 décembre 2007 à 19h
"The Beach Generation"



Gary Beydler
HAND HELD DAY

(USA, 1974, 16mm, muet, 6’)
Une journée ensoleillée qui passe dans le creux de la main, reflétée par un petit miroir tenu par le cinéaste, quelque part en Californie.

Pat O’Neill & Bob Abel
BY THE SEA

(USA, 1962, 16mm, 10’)
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Un « documentaire » trépidant sur les activités à la plage, filmé sous un soleil impitoyable.

Lisl Ponger
CONTAINER-CONTAINED

(Autriche, 1985, Super 8, n&b, muet, 5')
Réminiscence lointaine de films structurels de Michael Snow ("Wavelenght", "Back and forth"), le film de Lisl Ponger est une rêverie domestique où s'entrecroisent le balayage d'une bande magnétique et le ressac de l'océan sur un écran de télévision.

Laëtitia Bourget
COQUILLAGES ET CRUSTACÉS

(France, 2002, vidéo, 7’)
"Une promenade sur la plage ensoleillée à ramasser des coquillages, qui s’achève par une baignade parmi les sacs plastiques en suspension. Cette promenade est rythmée par le thème musical de La Madrague : “Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés, qui l’eut cru, déplorent la perte de l’été qui depuis s’en est allé...” Par moment, une voix nous invite à la détente et à la méditation."

www.laetitiabourget.org

Bobby Vee
THE NIGHT HAS A THOUSAND EYES

Scopitone (USA, années 60, 16mm, 3')
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Walter Chappell
FLESHTONES

(USA, 1973, 16mm, couleur, 10’)
Walter Chappell, photographe renommé (on lui doit de célèbres portraits de Sharon Tate), réalise ici deux ciné-poèmes pleins de délicatesse, superposant des images de plage, de vagues, de Californian Girls dénudées, de lumières et de reflets tournées à Big Sur, en Californie du nord, un coin prisé par les surfers, Henry Miller et les poètes Beat.

January Jones
THE WORLD ON A STRING

Scopitone (USA, années 60, 16mm, 3')

Leland Auslender
THE BIRTH OF APHRODITE

(USA, 1971, 16mm, 12')
Récompensé par de nombreux prix (Cannes, Edimburg, Atlanta...), accompagné d'une composition électronique originale de Jimmy Webb, Fred Katz & Tim Weisberg, ce film se distingue par une imagerie et des effets spéciaux singuliers pour l'époque. Surtout réputé pour son oeuvre photographique puisant dans l'imaginaire scientifique autant que dans le mysticisme, Auslender signe ici une adaptation personnelle du mythe de la déesse de l'amour et de la beauté, fille du ciel et de la mer : après une période de gestation dans les profondeurs de l'océan, Aphrodite est rejetée sur le rivage par les vagues, puis poursuit son voyage ascensionnel pour devenir la planète Vénus.
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Hannah Wilke
HELLO BOYS

(USA, 1975, vidéo, 12’)
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Hello Boys est la captation d’une performance à la galerie Gerald Piltzer à Paris.
À travers la vitre d’un grand aquarium, l’artiste nue se livre à un répertoire de postures érotiques sur fond de musique rock, suggérant la figure mythologique de la sirène, à la fois sexuellement envoutante et vulnérable. Hannah Wilke, qui fut la compagne de l'artiste pop Claes Oldenburg, a poussé cette tendance jusqu'à réaliser un strip-tease filmé au travers du Grand Verre de Marcel Duchamp au Musée de Philadelphie.

Inger Lise Hansen
PROXIMITY

(GB, 2005, 35mm transféré en vidéo, 4')
Sens dessus-dessous, une caméra se déplace le long d'une plage, intervertissant le sol et le ciel alors que le temps change, désorientant les repères spatiaux habituels du spectateur.

Siegfried A. Fruhauf
MIRROR MECHANICS

(Autriche, 2005, 35mm, n&b, 7’30)
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Une courte séquence empruntée à un film anonyme, montrant une jeune femme sur une plage sortant de l’eau, se trouve manipulée en un jeu de reflets et de permutations alors qu’elle fait face à un miroir pour se coiffer. L’image panoramique se déploie et se replie en une chorégraphie de gestes symétriques, en une créature filmique fascinante et inquiétante.

Karo Gøldt
AUSSICHT VON EINEM TREIBENDEN FLOSS / VIEW FROM A FLOATING BOAT

(Autriche, 2005, vidéo, 8')
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Un horizon artificiel, « vu depuis un radeau flottant », lointain clin d'oeil numérique aux toiles de crépuscules peintes par Ed Ruscha, combine rigueur géométrique et sunset au relent chimique, sur fond de mélodie squelettique et brinquebalante signée Pumice.

www.alles-goldt.de

Cette séance est rendue possible grâce à la contribution des distributeurs, ayant-droits et artistes : Laëtitia Bourget (Paris), Light Cone (Paris), Cinédoc/Paris Film Coop (Paris), SixpackFilm (Vienne), Lux (Londres), eai (New York), Canyon Cinema (San Francisco). Programmation / textes : Bertrand Grimault. _____________________________________________________________________________________________________


Séquence 2 / Mercredi 12 décembre 2007 à 19h
"No surf last night"


Mike Dunford
SILVER SURFER

(GB, 1972, 16mm, n&b, muet, 15’)

Ce « surfer d’argent » n’a rien à voir avec la créature intersidérale illustrée par les Marvel Comics. Il provient d’une transmission télévisuelle filmée en 8mm, puis refilmée en 16mm. Les mouvements du surfer sont comme gelés en fragments de temps, l’image évoque une ombre pointilliste pour donner à voir le premier et sans doute unique film de surf abstrait.

Laurent Vicente & Thomas Bernardet
LES DOUBRES

(France, 2000, vidéo couleur, 4’)
2ème prix du festival Vidéoformes, Clermont-Ferrand, 2002 / Prix d'honneur au Festival Transmediale Tm, Berlin, 2002 / 1er prix ex-aequo Opera Prima, au festival d'Estavar Llivia, 2001.
On connaissait l’air-guitar, voici le skate sans skate, finalement un dérivé urbain du surf sans soleil, sans plage et sans bikinis.

Gary Weis
BEACH BOYS TV SPECIAL (THE SURF SQUAD SEQUENCE)

(USA, 1976, 16mm transféré en vidéo, 3'40)
Voici un document rare et tristement célèbre, extrait d’une émission télé spéciale consacrée aux Beach Boys, groupe adulé alors en pleine décadence musicale. En l'espace de 49 minutes, on y voit Brian Wilson, alité et fumant des joints, recevoir l’équipe de tv pour un entretien bredouillant ou encore lors de séquences de concert signant un improbable retour sur scène. L’extrait présenté ici met en scène les acteurs Dan Ackroyd et John Belushi se faisant passer en uniformes pour le « surf squad », se rendant chez Brian avec un mandat, le sortant de son lit et le conduisant à la plage pour l’obliger, pour la première et dernière fois de sa vie, à (tenter de) faire du surf sur l'air de "Surfin’ USA " : "If everybody had an ocean..."

Scott Redford
DEAD BOARD SERIES

(Australie, 1996-2003, vidéo, 15’)
Scott Redford est un artiste dont le travail pictural décline les différentes expressions de la culture surf, en particulier dans la région de Golden Coast, spot paradisiaque en Australie.
Dans cette série de vidéos qui complète un ensemble d'installations, de sculptures et de peintures, des planches de surf « mortes » (hors d'usage) sont découpées à la scie successivement et avec une efficacité variable par un homme bien bâti, puis par deux types dans une arrière cour de banlieue, enfin par des filles en bikini dans une chambre d’hôtel. La désaffection paradoxale de Brian Wilson à l’égard du surf était connue (le seul Beach Boy à s'être jamais tenu debout sur une planche fut son frère Dennis); on sait qu'il préféra garder le lit plutôt que de fréquenter l'océan durant une longue période de dépression. Dormir, dormir plus que tout, dormir et scier des planches...

Katrina del Mar
SURF GANG

(USA, 2005, Dvcam/Super 8, vostf, 25’)
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Quand Faster Pussicat, Kill, Kill rencontre l’underground new-yorkais, ça donne un gang de filles plutôt portées sur la castagne, le punk rock et le surf sur les petites vagues de Rockaway Beach. Une série Z qui joue de tous les clichés de la bad girl tatouée habillée de cuir noir, où l'on retrouve notamment la ténébreuse  Kembra Pfahler.

"Je tente dans mon travail de dépeindre un monde quelque peu idéalisé auquel j'aspire, où les femmes existent non comme les petites amies et les trophées des exploits masculins, mais comme les protagonistes pleines de vitalité dans des histoires décalées traversées par l'action, la musique, le surf, la violence et l'humour."

Katrina del Mar, photographe autodidacte vivant à New York, capte depuis 15 ans les marges singulières de la scène artistique et musicale nord-américaine. En tant que cinéaste, elle a réalisé également "Gang Girls 2000", "Non Dairy Creamer" et "Nothing Pretty". Elle travaille actuellement sur la production d'un long métrage documentaire, "American Roughie".

www.katrinadelmar.com

Bob Smith (aka Robert Emmet Smith)
ANDY MAKES A MOVIE

(USA, 1968, 16mm transféré en DVD, vostf, 17’)
Un entretien filmé d’Andy Warhol en compagnie de Paul Morrissey et de membres de la Factory sur le tournage de SAN DIEGO SURF (également connu sous le titre de SURFING MOVIE), sur la plage de La Jolla en Californie, en mai 1968. Le film ne fut jamais terminé, par insatisfaction. Quelques semaines plus tard, de retour à New York, Warhol était abattu par balles par Valerie Solanas.
À la suite de cette tentative de meurtre, Warhol mit un terme à son importante production cinématographique et à l'activité trépidante de la Factory.

Paul Morrissey : On a loué une villa sur la plage pour filmer les vagues, mais il n’y a pas eu de vagues ce mois-là… On a du rentrer à New York. On n’a eu ni surf, ni sexe…
C’était une belle histoire : Viva et Taylor Mead mariés, avec ces petits enfants… Viva court après les surfers et Taylor court après les surfers, et ils se demandent qui va s’occuper des gosses pendant ce temps.
Taylor continue de courir après les surfers. Quand il a fini par en alpaguer un, il dit : « voilà, nous sommes de petits bourgeois, de simples propriétaires de villas, nous allons faire du golf au club de loisirs, nous menons une vie terne, nous n’avons rien à faire de la journée.
Dites, vous voulez avoir la gentillesse de nous pisser dessus ? »

(cité par Tony Rayns, AW Films Inc : communication in action)

Cette séance est rendue possible grâce à la contribution des distributeurs, ayant-droits et artistes : Lux (Londres), edvdistribution (Toulouse), Scott Star (Los
Angeles), Katrina del Mar (New York), Scott Redford (Sydney), Bec Dean (Australian Center for Photography, Sydney). Traductions & sous-titrage : Claire Gausse

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Séquence 3 / Mercredi 19 décembre 2007 à 19h
"My car is my best friend"


"L'air était figé; la rue vide, à l'exception de grosses voitures garées le long du trottoir, luisantes de vernis et allongeant, mi-grimace mi-sourire, la fente de
leurs chromes. Elles semblaient plus grandes, ou tout au moins baties sur une plus grande échelle que les maisons. Conçues, elles, pour des géants aux habitudes luxueuses; les maisons, pour des nains internationaux. Paul avait déjà remarqué qu'à Los Angeles les automobiles formaient une race à part, presque douée de vie. La ville était pleine d'hôtels et de salons de beauté, de restaurants et d'hôpitaux à leur usage : immenses et coûteux édifices où elles étaient garées et lavées, nourries ou pansées."
Alison Lurie, La Ville de nulle part (1965 - publié chez Rivages poche)

Kenneth Anger
KUSTOM KAR KOMMANDO

(USA, 1965, 16mm, 3’)
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"Pygmalion et son amante machine. Sur la musique de "Dream Lover", un jeune homme caresse par de légers coups de houpette sa voiture customisée."

Gary Beydler
PASADENA FREEWAY STILLS

(USA, 1974, 16mm, muet, 6’)
Une série de photographies prises depuis une voiture roulant sur l’autoroute de Pasadena se succèdent à l’écran sur un rythme de plus en plus rapide jusqu’à recréer l’illusion du mouvement
cinématographique.

Thomas Aigelsreiter
KEY WEST

(Autriche, 2002, vidéo, n&b, 5’)
Key West se situe en Floride, dans le sud-est des Etats-Unis. Nous sommes donc bien loin de la Californie, mais l’illusion du paradis perdure au travers des mêmes clichés : le soleil, la plage, les belles voitures, les filles en bikini, les surfers… Quel que soit le soleil sous lequel on se trouve, ce sont les mêmes fragments de rêve qui alimentent le fantasme d'une liberté éternelle.

Tracey Moffatt
HEAVEN

(Australie, 1997, vidéo, 28')
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Le voyeurisme féminin s'exerce dans cette vidéo à saisir avec humour les corps de surfers se déshabillant pour se mettre en tenue de bain ou se rhabillant au sortir de l'eau. La caméra se rapproche de ses sujets comme pour les draguer, qui réagissent en un mélange de gêne et de virilité affirmée.

Peter Stämpfli
FIREBIRD

(Suisse, 1969, 16mm, 4’30)
"Court-métrage sur le thème de la voiture-symbole de notre époque -de la vitesse au statique- la roue, du mouvement à l'arrêt; analyse en gros plans de l'ultime modèle tout en glorifiant sa beauté. Recherche parallèle dans la peinture." Peter Stämpfli.

Pat O’Neill
7362

(USA, 1967, 16mm, 10’)
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La rencontre d’une femme nue et d’une pompe à essence, manipulées en laboratoire , se fondant au sein de l’émulsion filmique en abstractions à la fois sensuelles et éclatantes. Ce film initie pour Pat O’Neill une série où la synthèse des images par différents procédés optiques offre une étude de la conscience américaine où fusionnent observations documentaires, représentations anecdotiques et formes abstraites.

George Barber
CAR PAINTING

(GB, 2006, video, 6')
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Une expérience de peinture expressionniste abstraite réalisée à même la chaussée, sorte d'action painting résultant du traffic automobile : les conducteurs se rendant à leur travail contribuent à leur insue à une oeuvre spontanée et éphémère.

Ed Ruscha
MIRACLE

(USA, 1975, 16mm, 28’)
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Avec l’artiste Jim Ganzer et de la chanteuse des Mamas and Papas, Michelle Phillips.

Un mécanicien, aux prises avec les problèmes de carburation d’une Ford Mustang rouge, préfère se dévouer corps et âme à la remise en circulation de l’essence qu’à la circulation de ses sentiments pour une jeune femme qui finalement, coupe le lien téléphonique les unissant. Les images léchées de cette substitution quasi sexuelle traduisent les obsessions ambiguës d’un homme ordinaire, satisfait d’accomplir son devoir technique. Loin des superproductions Hollywoodiennes, ce film décrit avec efficacité et humour les mœurs locales de L.A., faites tout autant d’indifférence, de mises en scène, de confiance en soi plutôt qu’en l’autre.

Cette séance est rendue possible grâce à la contribution des distributeurs, ayant-droits et artistes : Cinédoc (Paris), SixpackFilm (Vienne), Lux (Londres), Light Cone (Paris), Galerie Gagosian (Los Angeles), Women Make Movies (New York). Traduction & sous-titrage : Claire Gausse.


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Séquence 4 / Mercredi 16 janvier 2008 à 19h
"Troubles in Paradise"



On rattache souvent "Seconds" ("L'opération diabolique"), film méconnu de John Frankenheimer de 1966, à une anecdote révélatrice de l’état mental de Brian Wilson à l’époque de l’enregistrement de l'album Smile. Dans cette habile variation comtemporaine sur le mythe de Faust, le personnage de Tony Wilson, interprété par Rock Hudson, est tiraillé entre deux existences, l'une confortable mais sans enjeu et l'autre plus créative mais beaucoup plus frustrante ; le film, réflexion paranoïaque sur le mythe du rêve américain, entretient de troublantes similitudes avec le parcours de Brian Wilson dans ses relations au groupe des Beach Boys et à l’industrie discographique, marquées à l'époque par une indélébile sensation de frustration créative et l’imposibilité d’une plénitude artistique, à l’image du rêve de seconde chance de son homonyme cinématographique – Mr Wilson.

Brian Wilson alla voir le film et en sortit convaincu que le réalisateur avait conspiré avec nul autre que Phil Spector pour « lui niquer le cerveau ». Il faut plutôt voir là les conséquences de l'abus de narcotiques, alors que déjà Brian tenait ses réunions d'affaires dans sa piscine et qu’il avait fait construire un bac à sable autour de son piano, dans sa chambre. Les sessions d’enregistrement de Smile sont réputées avoir été totalement délirantes, comme en témoigne l’instrumental « Fire » pour lequel les musiciens furent affublés de casques de pompiers en plastique et où un brasero fut allumé dans le studio. Brian saborda le morceau, croyant qu’il était responsable des incendies réels à Los Angeles…

A défaut de "Seconds", et en lisière du cerveau de Brian (Brian's Brain), nous vous proposons quelques essais cinématographiques stupéfiants comme véritables expériences d'altération de la perception, oscillant entre extase et introspection pas toujours très cool..



HOOKS
(USA,1972, 16mm, 5’)
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Un extrait d’un film éducatif produit par l’armée américain où nous sommes mis en garde, effets spéciaux psychédéliques à l’appui, des dangers que représentent les drogues dans leur ensemble. Le fait que le narrateur soit l’acteur Michael Landon, le papa modèle de la série "La petite maison dans la prairie" à l’écran, ne peut que rajouter à l’immoralité de ce document qui séduit plus qu’il ne dissuade.

LSD CASE STUDY
(USA,1968, 16mm, 5’)
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Film produit par la Lockheed Aircraft Corporation pour informer ses employés des dangers du LSD. Une jeune fille sous acide se trouve dans l’incapacité de manger un hot-dog soudain doté d’une vie propre. Ce type d’hallucination lysergique peut expliquer pourquoi Brian Wilson s’est mis aux légumes bio.

Chieko Shiomi
DISAPPEARING MUSIC FOR FACE

(USA, 1966, 16mm, n&b, muet, 10’)
Un long et très lent clin d’œil musical au disque disparu de Brian Wilson, Smile. Ce film appartient à la série des films Fluxus (Fluxfilms) et porte le numéro 4.

Barbara Doser
EVEN ODD EVEN

(Autriche, 2004, vidéo, 7’30)
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Très loin de l’océan pacifique, un film expérimental décoiffant réalisé à partir du seul feedback vidéo, nous projetant et nous aspirant tous à la fois au cœur d’une vague infinie, pulsant à l’unisson avec nos ondes cérébrales.

Barry Spinello
SONATA FOR PEN, BRUSH

(USA, 1968, 16mm, 10')
SONATA est un film "handmade", réalisé sans caméra ni matériel de prise de son, par application d'encres directement sur de l'amorce transparente 16mm. Résultat d'un travail acharné et méticuleux, ce film concret a nécessité 50 heures par semaines durant sept mois, coûté 3 dollars d'amorce et cinq bouteilles d'encre, en tout un coût de production de 9 dollars pour peindre individuellement 60 000 images. L'effet produit se situe entre rap psychédélique (pour le côté beatbox de la bande son), génie enfantin (pour la simplicité colorée des motifs) et vitrail animé à la Harry Smith. On est également tenté de rapprocher ce travail solitaire et hallucinatoire des obsessions contemporaines de Brian Wilson, composant Smile avec Van Dykes Parks dans un quasi état de transe.

Damon Packard
THE EARLY 70’S HORROR TRAILER

(USA, 1971-2001, 16mm transféré sur DVD, 7’)
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Los Angeles, 1971 : la bande annonce d’un film d’horreur jamais terminé, donc maudit. Des sorcières blondes hiératiques se tiennent dans le soleil et des california girls ensanglantées tentent de fuir une menace invisible dans un décor urbain déserté. Un collage efficace et flippant, rencontre de Kenneth Anger et d’une version de "Psycho" sous acide, réalisé par un cinéaste indépendant américain à la fois totalement barré et lucide, déjà auteur du bientôt culte "Reflections of Evil". « Digging Worms » : Le mauvais délire californien post-Manson, loin, très loin des studios d’Hollywood.

Will Hindle
SAINT FLOURNOY LOBOS-LOGOS AND THE EASTERN EUROPE FETUS TAXING JAPAN BRIDES IN WEST COAST PLACES SUCKING ALABAMA AIR

(USA, 1970, 16mm, 12')
Will Hindle (1929-1987) est un génie méconnu du cinéma expérimental américain, auteur d'une dizaine de courts métrages. Ses films échappent à toute tentative de classification, ce sont des visions personnelles qui frappent par leur puissance d'évocation. Les superimpressions multiples sont la marque de fabrique d'un univers intensément mental et subtilement agencé. Hindle parvient à envouter le spectateur en dépit des atmosphères étranges ou oppressantes qu'il développe. "Saint Flournoy..." (le titre gagnerait à figurer au Guiness Book des records) semble s'achever comme une séance d'hypnose. Tourné dans la Vallée de la Mort, ce film anticipe sur les événements qui rendront Charles Manson et sa secte tristement célèbres. "Anticipe", car le film aurait été conçu avant les événements de l'été 69.

Selon l’écrivain Barney Hoskins, Manson incarnait un mélange schizoide terrifiant de valeurs hippies, de satanisme, de pornographie et de prophétie apocalyptique. Les mauvaises ondes émanaient de sa Family qui adoptait toutes sortes de sociopathes et de paumés bons pour un lavage de cerveau. A l’époque où toute la bande s’installa au Spawn Ranch, près de Los Angeles, Manson, parano obsessionnel animé par une haine inextinguible de la société, avait commencé à formuler l’idée que lui et ses disciples devaient se préparer à une guerre raciale contre l’Amérique noire.
Si Manson, avec les meurtres de Cielo Drive à Los Angeles, en août 1969 (sept personnes de la hype furent sauvagement assassinées, dont Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski) signe définitivement la fin du « summer of love » et d’une utopie hippy, avec son lot de peur et de repli sur soi, il est troublant d’y voir associé le symbole pop, mais déjà désuet dans ces années de contestation grandissante, d’une jeunesse américaine blanche, saine et cool.
En effet, Dennis Wilson, le batteur des Beach Boys et frère de Brian, a longuement fréquenté Manson, quoiqu’il fut l’un de ceux qui se démenèrent pour nier le moindre rapport avec lui quand tout s’effondra et qu’il eut juré de ne jamais s’exprimer sur le sujet. Cependant, Dennis, plus qu’aucun autre musicien de L.A., ne servit de laissez-passer à Manson dans le cœur de la communauté rock.
Au début de l’été 69, il déclara au magazine britannique Rave : « La peur n’est rien d’autre que la conscience. Parfois le Sorcier m’effraie. Le Sorcier, c’est Charles Manson, un ami à moi qui pense être Dieu et le diable. Il chante, joue, et écrit de la poésie, et il va peut-être devenir un nouvel artiste de Brothers Records » (le label créé par les frères Wilson). Dennis étant mort accidentellement en 1983 en tenant sa parole, on peut néanmoins se risquer à tisser une toîle où apparaissent les figures de Bobby Beausoleil, de Kenneth Anger et partant de là, de toute une frange de la scène rock et de la contre-culture fascinée par les sciences occultes. « Lucifer Rising » d’Anger, témoigne de cet intérêt (et de l’influence que celui-ci a pu exercer sur Mick Jagger ou Jimmy Page, parmi d'autres).
Ce qu’il reste de ces mauvaises fréquentations chez les Beach Boys, c’est la reprise d’une chanson de Charles Manson sur l’album 20/20 de 1969 : Cease to exist, rebaptisée Never learn not to love

The Beach Boys
NEVER LEARN NOT TO LOVE

Enregistré pour The Mike Douglas Show le 1er avril 1969, une interprétation inhabituelle et troublante. Carl Wilson est à la batterie, Dennis au chant.

Peter Gidal
BEDROOM

(GB, 1971, 16mm, 30’)
"BEDROOM explore à l’infini une chambre quelconque et où toute présence humaine semble absente. Nous sommes renvoyés à une autre limite, la plus décisive, celle du non-visible, de l’illisible. Un film qui épuise les façons interdites de filmer dans le cinéma classique: le flou, l’obscur, le répétitif, l’insistant, le bougé, le tremblé, le haché... les moyens visuels de travailler le non identifiable dans la description forment une vraie expérience des limites: ce qui nous enferme le plus, ce sont nos habitudes perceptives, à ce titre les films de Peter Gidal se constituent en contrechamp général du cinéma." Nicole Brenez

Peter Gidal est une figure séminale du cinéma expérimental britannique des années 60 et 70, comme programmateur pour la London Film-makers Cooperative (dont il fut co-fondateur), théoricien et critique. En tant que cinéaste, sa production filmique est le fruit d'une démarche austère et sans compromis. Il peut sembler incongru de voir figurer un de ses courts métrages dans une programmation censée évoquer le leader des Beach Boys - c'est à dire un compositeur qui a largement contribué à véhiculer l'utopie solaire éternelle et le mythe californien d'une existence insouciante. Le caractère extrèmement formaliste des films de Gidal, où la narration est évacuée au profit d'une pure expérience perceptuelle (matérialité de la pellicule, grain de l'image,
durée...), procède d'une démarche résolument individualiste. On peut subjectivement y voir l'expression d'un regard mélancolique, en forme de rupture, de refus de tout (ou d'impasse qui menace celui qui entend tout refuser ?). A la fois oeuvre plastique transgressant les normes admises de la cinématographie et expérience possible de l'enlisement dans la folie, la chambre à coucher de Gidal apparaît alors dans ce contexte comme un reflet dans l'oeil bleu de Brian, coupé du monde, replié sur lui-même.

Cette séance est rendue possible grâce à la contribution des distributeurs, ayant-droits et artistes : Light Cone (Paris), Lux (Londres), Film-makers Cooperative (New York), Jack Stevenson
(Allerød), Damon Packard (Los Angeles).

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Séquence 5 / Mercredi 23 janvier 2008 à 19h
"The Radiant Radish"


"Le Radis Radieux", du nom du magasin bio tenu par Brian Wilson,
en pyjama derrière son comptoir, durant l'année 1969-70, ou de quelques films traitant des légumes ("Vegetables", titre initiallement composé pour l'album "Smile"), des désordres alimentaires et des états végétatifs.

Robert Arnold
THE MORPHOLOGY OF DESIRE

(USA, 1998, vidéo, 6')
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« Don’t talk…put your head on my shoulder and listen to my heart beat…listen…listen…listen… » Les paroles sentimentales, voire mièvres, des chansons des Beach Boys trouvent ici un pendant visuel étonnant sous la forme d’un film d’animation qui s ‘approprie les clichés du roman d’amour. Robert Arnold détourne brillament l’imagerie kitsch des couvertures de ces romans à bon marché, aux figures interchangeables et immuables, pour illustrer la mécanique en œuvre dans les jeux du désir.

Thom Andersen
MELTING

(USA, 1965, 16mm, 6')
La désintégration naturelle d'un sundae à la fraise, en passant par divers états de la matière...

Robert Nelson
OH DEM WATERMELONS

(USA, 1965, 16mm, 11')
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Les stéréotypes raciaux sont exprimés dans ce petit chef d'oeuvre burlesque par des pastèques qui subissent toutes sortes de mauvais traitements, mais bientôt, celles-ci viennent à se retourner contre leurs agresseurs... Musique originale de Steve Reich.
Avec le concours des Archives du Festival du court métrage d'Oberhausen.

Ed Ruscha
PREMIUM

(USA, 1970, 16mm, vo, 25’)
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Après avoir obtenu un rendez-vous avec une jolie femme (interprétée par la journaliste et essayiste Leon Bing), un homme (incarné par l'artiste Larry Bell) se rend dans un hôtel minable, et dispose sur le lit des légumes verts, des tomates, du chou, des champignons... Il retrouve la femme, l’emmène dans la chambre, la force à s’allonger sur le lit, dans les légumes, et la recouvre de l’assaisonnement qu’elle a choisi. Puis, sous prétexte d’avoir oublié les crackers, il sort les acheter, se rend dans la suite d’un palace et les déguste seul.
Ce film, adapté d’une courte nouvelle de Mason Williams dont Ruscha s’est inspiré pour écrire un livre titré Crackers – qu'on peut traduire par « biscuits » ou familièrement, « mensonges » - invoque par ailleurs l’obsession de Brian Wilson pour les légumes (il leur a même dédié une chanson). Une de ses occupations dans le courant de l'année 1969-70 consista en effet à servir les clients en pyjama derrière le comptoir d’une épicerie bio nommée « The Radiant Radish » (le radis radieux).

John Smith
LEADING LIGHT

(GB, 1975, 16mm, 11’)
Brian Wilson, suite à l’échec de Smile en 1967, a sombré dans une longue dépression qui ne lui fit pas quitter la chambre durant trois années. Le film de John Smith évoque cette réclusion. Il a été tourné dans une seule pièce et capte les variations de la lumière à travers la fenêtre, suivant la course du soleil.

Todd Haynes
SUPERSTAR : THE KAREN CARPENTER’ STORY

(USA, 1985, Super 8 transféré en DVD, vostf, 43’)
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Le tout premier film de Todd Haynes (auteur par la suite de Poison, Safe, Velvet Goldmine, Loin du Paradis...) était tellement fauché qu’il fut tourné en Super 8, avec en guise d’acteurs des poupées Barbie… Un choix nullement indifférent pour raconter « l’histoire de Karen Carpenter », la chanteuse et accessoirement batteuse d’un des groupes pop les plus populaires des années 60/70, The Carpenters. Nixon, fan déclaré, les fit jouer à la Maison Blanche au moment où les bombardements au Vietnam s’intensifiaient. Installé à L.A. à partir de 1963, le duo frère-sœur Richard et Karen se distingua par leurs arrangements cristallins et leurs harmonies luxuriantes, et aligna les tubes sur le label A&M; Le travail sur les voix n’était pas sans parenté avec cet autre groupe ultra-brite que sont les Beach Boys, eux aussi habitués de la Maison Blanche et des commémorations du 4 juillet.
Le hic, c’était l’anorexie de Karen qui était apparue dès 1975 – son poids était alors tombé à 38 kilos. Elle en mourut finalement en février 1983, à l’âge de 32 ans.
Ainsi, Todd Haynes s’empare d’un stéréotype de pseudo beauté artificielle, avec la vie qui va avec : Barbie et Ken interprètent avec brio dans leurs décors meublés de poupées; les rôles de Karen et de Richard, alors que dans le monde, derrière l’écran de la télévision, l’agitation est à son comble.
Le film fut interdit de diffusion, suite à sa présentation au festival de Sundance, pour des questions de droits musicaux.
Il est significatif que le siège de Mattel qui fabrique les poupées Barbie soit à Hawthorne, la ville d’origine des Beach Boys – une banlieue replète et terne de L.A. qui n’est même pas au bord du
Pacifique. En 1987, Brian Wilson composa « Living Doll » à l’attention d’un coffret Barbie baptisé California dream , contenant la chanson gravée sur un disque souple bleu.

Cette séance est rendue possible grâce à la contribution des distributeurs, ayant-droits et artistes : Lux (Londres), Montevideo (Rotterdam), galerie Gagosian (Los Angeles), Oberhausen Kurtzfilm Festival. Traductions & sous-titrages : Claire Gausse
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Séquence 6 et fin / Mercredi 30 janvier 2008 à 19h
"The West is the best / Get here and we'll do the rest"



Cory Arcangel
BEACH BOYS / GETO BOYS

(USA, 2004, vidéo, 4’13)
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Poursuivant sa démarche de croisement de la culture et de la technologie sur le mode artisanal, Arcangel procède ici à un mixage dans lequel deux chansons produisent un hybride inattendu, sur la simple base de la similitude des noms des groupes. En juxtaposant des images d’un concert des Beach Boys interprétant "Little Surfer Girl" avec une vidéo contemporaine du groupe de rap Geto Boys pour le titre "6-feet under", Arcangel nous interpelle non seulement sur les modes divergents de lecture et d’identification, mas aussi sur les caractéristiques propres à ces produits de la culture populaire américaine.


James Douglas
CUSTOM MACHINE / BE TRUE TO YOUR SCHOOL

(USA, 1968, 16mm, n&b, 4 ')
"Un film collage réalisé en une après-midi - un instantané. Les avions passent. Les Beach Boys jouent. BE TRUE TO YOUR SCHOOL - Soit sincère envers ton école -- envers le drapeau , les avions, les navires de guerre..." Dans ce détournement d'images documentaires, contemporain de la guerre du Vietnam, où se déploie une réthorique guerrière, les Beach Boys sont clairement identifiés au status quo idéologique et à l'adhésion de l'Amérique moyenne au conflit. A l'époque où la contestation gronde et émerge une conscience politique clairement orientée à gauche aux Etats-Unis, notamment dans le milieu étudiant, où le mouvement psychédélique bat son plein, dans ce contexte bouillonnant et utopique de révolution en marche, Brian Wilson et son groupe font en effet figure de fils à papa ringards...


Robert Breer
66

(USA, 1966, 16mm, 6')
Une étude abstraite et semi géométrique, par un maître facétieux du cinéma d'animation expérimentale américain.


Pat O’Neill
WATER & POWER

(USA, 1979-1989, 16mm, coul, 55’)
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courtesy cinédoc/paris film coop

Pat O'Neill voulut tout d'abord être dessinateur industriel, ambition qu'il abandonna après avoir découvert les images de Frederick Sommer, la revue Aperture, le pop art, John Cage et Robert Rauschenberg, les films expérimentaux des années 20 et le cinéma de Luis Bunuel. Entre 1965 et 1970, sa production reposait sur de grandes sculptures circulaires en fibre de verre. Il ressentait alors le besoin d'inscrire sa production artistique dans un espace réel. Puis les images envahirent son existence. Pat O'Neill construit ses propres outils et s'adonne à des créations expérimentales dans tous les domaines : sculpture, photo, cinéma.

« Los Angeles est ici traversée par des dimensions temporelles et spatiales diverses, où se superposent les lents mouvements de la lumière californienne et d’étranges scènes de frénésie graphique, où se mêlent l’incessant grouillement de la foule et la mémoire collective - Hollywood et ses résurgences visuelles et sonores. Pat O’Neill dresse le portrait d’une ville emprisonnée entre désert et océan, et qui semble devoir sa topographie à la simple mais vitale gestion de l’eau. Water & Power est un film d’une densité plastique extraordinaire. »
Grégoire Quenault

"Vous rappelez-vous la première image de Water & Power ? Un homme, à peine plus grand qu'une fourmi, traverse un pont monumental. A la fin de la scène, juste avant d'atteindre le bord de l'écran, il saute dans le vide et disparait. Je voudrais raconter des histoires indéterminées. C'est un défi : établir des modèles de mouvement dont la logique est purement visuelle, produire un contexte plus dense qu'une image, où plusieurs niveaux sont signifiés. Je cherche à montrer un monde complexe qui ne peut être réduit à un seul sens."
Pat O'Neill

Cette séance est rendue possible grâce à la contribution des distributeurs, ayant-droits et artistes : Film-makers Cooperative (NY), eai (NY), Cinédoc (Paris).



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