— Proposé par la Bibliothèque de Bordeaux et l'association Monoquini, ce cycle de 7 rendez-vous invite à (re)découvrir les œuvres marquantes ou méconnues de la riche cinématographie canadienne. Cette sélection subjective de films choisis pour leur qualité, leur place singulière dans l’histoire du cinéma, leur universalité ou leur forte spécificité nationale, s’intéresse notamment aux grandes figures du documentaire canadien des années 60 et 70 ainsi qu’aux thématiques spécifiques à ce cinéma : les conditions de vie et de travail dans le Grand Nord ou la question des enjeux linguistiques. Un éclairage sur la scène artistique indépendante de Winnipeg, entre cinéma de fiction, documentaire et expérimental, complète cette programmation.


Lundi 8 avril à 18h30
Auditorium - Bibliothèque Mériadeck

85 cours du Maréchal Juin
Tram A – Hôtel de police
Entrée libre

Le cinéma documentaire canadien : une brève introduction
Dialogue entre Amélie Bussy, docteure en cinéma, chercheure associée au centre de recherches ARTES, Université Bordeaux Montaigne, et Bertrand Grimault, programmateur indépendant, responsable de l’association Monoquini.

Au programme :

LES RAQUETTEURS
Michel Brault & Gilles Groulx / 1958 / n&b / 14 min.
Considéré comme le précurseur du cinéma direct, instaurant un nouveau rapport au réel, ce documentaire relate les rites entourant un congrès annuel de raquetteurs à Sherbrooke.

LA LUTTE
Michel Brault, Marcel Carrière, Claude Fournier & Claude Jutra / 1961 / n&b / 27 min.
Une incursion dans le monde de la lutte professionnelle à Montréal, captant les combats autant que les coulisses du spectacle.

VERY NICE, VERY NICE
Arthur Lipsett / 1961 / n&b / vostf / 7 min.
« Très bien, très bien », répète une voix se superposant à un montage d’images reflétant la condition humaine dans le monde moderne et l’angoisse qui hante la société d’abondance. Premier court métrage d’un jeune documentariste qui marqua le genre par son style personnel
et expérimental.

LE COUREUR
Don Owen / 1962 / n&b / 10 min.
Portrait de Bruce Kidd, plusieurs fois vainqueur aux Jeux de l'Empire de 1962, en Australie et véritable phénomène de la course à pied.


Lundi 20 mai à 18h30
Auditorium - Bibliothèque Mériadeck

85 cours du Maréchal Juin
Tram A – Hôtel de police
Entrée libre

LA VOIX A L'ŒUVRE
Cinq univers artistiques entre poésie, chanson et politique


CHANT POPULAIRE N°5 : EN PASSANT
Alexandre Alexeïeff / 1943 / n&b / 1 min.32 *
Illustration d’un refrain populaire en quatre couplets, racontant l'histoire d'un écureuil imaginatif et peureux.


À LA POINTE DE LA PLUME
Don Peters & Lorne Batchelor / 1951 / n&b et coul / 5 min.*
Une introduction aux procédés employés par le cinéaste expérimental Norman McLaren pour produire les sons synthétiques accompagnant ses fameux films d’animation.


PAUL ANKA (Lonely Boy)
Roman Kroitor & Wolf Koenig / 1962 / n&b / 26 min.*
Après Sinatra, après Elvis, Paul Anka est la nouvelle idole qui fait tomber en pâmoison les adolescentes. Un portrait de cette vedette populaire sous l’angle du cinéma direct.


FABIENNE SANS SON JULES
Jacques Godbout / 1964 / n&b / 28 min.*
Les tribulations et les fantaisies de la chanteuse Pauline Julien, célèbre féministe québécoise, soucieuse de perfectionner son art et de parvenir à séduire Jean-Luc Godard.


SPEAK WHITE
Pierre Falardeau & Julien Poulin / 1980 / n&b / 6 min.
Un film-manifeste à partir d’un poème de Michèle Lalonde, créé en 1970 à l’occasion de de la première Nuit de la poésie à Montréal.

* films issus de la Cinémathèque Monoquini, projetés en format 16mm

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FOUND IN TRANSLATION :
DEUX PROGRAMMES DE COURTS MÉTRAGES CANADIENS
PROPOSÉS PAR LE WINNIPEG FILM GROUP

En présence de Monica Lowe, assistante de direction du Winnipeg Film Group et responsable de la distribution.
Sur une proposition de l’association Monoquini, dans le cadre de VUES DU CANADA en partenariat avec la Bibliothèque de Bordeaux.

Le nom de la ville de Winnipeg, dans la province anglophone du Manitoba au Canada, est couramment associé, depuis le début des années 90, à l’un de ses talentueux enfants, le cinéaste Guy Maddin, dont la reconnaissance internationale avec les déroutants ARCHANGEL et CAREFUL a porté un coup de projecteur sur une scène alternative locale extrêmement dynamique. Le Winnipeg Film Group, fondé en 1974 pour produire et promouvoir la création cinématographique indépendante du cru, témoigne de la vitalité de cette communauté artistique. Depuis 1982, une Cinémathèque dotée d’une importante collection s’est ouverte à la programmation et à la distribution de films et de vidéos en provenance de l’ensemble du territoire canadien. Les trois programmes de courts métrages présentés dans le cadre de ce cycle, sous-titrés en français pour l’occasion, résultent du souhait du Winnipeg Film Group de partager par-delà les frontières des récits qui, entre fiction, documentaire et expérimental, illustrent la diversité des points de vue sur le Canada d’aujourd’hui.

www.winnipegfilmgroup.com



Lundi 20 mai à 20h45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian — Bx
Tarif unique : 4,50€

PROGRAMME 1 : L’HEURE ET L’ENDROIT


My Dad is 100 Years Old
Réalisé par Guy Maddin
écrit par Isabella Rossellini
17 min. | Fiction expérimentale | 2005
Collaborant avec le cinéaste d’avant-garde Guy Maddin, Isabella Rossellini célèbre la vie et l’œuvre de son père, le réalisateur Roberto Rossellini, à l’occasion du 100e anniversaire de sa naissance.


George Bassler’s Perpetual Motion
Réalisé par Berny Hi
3 min.30 | Fiction | 2014
Après la disparition prématurée des membres de sa famille en 1945, George Bassler conçoit une étrange machine au mouvement perpétuel.


Echoes
Réalisé par Jaimz Asmundson
6 min. | Expérimental | 2015
Un film expérimental basé sur les processus portant sur la perte et le parallèle entre la mémoire et le soi physique : leur évolution, leur dégradation et leur désintégration.


Barber Gull Rub
Réalisé par Matthew Rankin
2 min.24 | Fiction | 2008
Durant l’hiver 1986, Guy Maddin tourne Tales from the Gimli Hospital et cherche un acteur qui accepterait de frotter le cadavre d’une mouette sur son torse nu. Dave Barber, le programmateur de la Cinémathèque de Winnipeg, se prête au rôle.


Time Away
Réalisé par Carole O’Brien
7 min. | Expérimental | 2007
Trois guides nous accompagnent lors d’un voyage au-delà du temps…


Springtime in Greenland
Réalisé par John Paizs
24 min. 24 | Fiction comique | 1981
Résumant toute une vie en banlieue en une demi-heure, Un printemps au pays du gazon utilise les conventions cinématographiques des années 1950 pour raconter l’histoire des habitants d’une utopie fictive. Voici Nick : il est taciturne et il se débat contre les valeurs banlieusardes.


What Comes Between
Réalisé par Cecilia Araneda
5 min. 30 | Documentaire expérimental | 2009
Un examen de la mémoire et de la perte des origines par une réalisatrice née au Chili et contrainte à l’exil peu après le coup d’état militaire. Le film réunit une pluralité de sources visuelles personnelles et historiques.


yaya/ayat
Réalisé par Hagere Selam (shimby) Zegeye-Gebrehiwot
5:25 | Documentaire expérimental | 2010
Comment l’appartenance à une diaspora, du point de vue d’une femme, forme-t-elle l’identité d’une personne ?



— L’HEURE ET L’ENDROIT
par Stephanie Berrington

Les films marquent le passage du temps en gardant une trace des mouvements et des changements. Ils parviennent à immortaliser un instant précis dans le temps, l’enregistrant afin qu’il puisse être regardé à n’importe quel moment dans le futur. Les films de ce programme portent tous un regard rétrospectif : vers des cinéastes, des parents et des grands-parents, des personnages historiques, des événements passés et la culture populaire d’autrefois. Certains de ces souvenirs sont incarnés, bien que souvent déformés, comme le démontre rêveusement le film de Jaimz Asmundson, Échos (Echoes). Alors que chaque souvenir nous présente une interprétation de l’Histoire, réunis, ils offrent un aperçu de l’histoire du cinéma des prairies canadiennes.

Le parrain du cinéma de Winnipeg, l’auteur d’avant-garde Guy Maddin, collabore avec Isabella Rossellini pour commémorer le 100e anniversaire du père de cette dernière, décédé depuis longtemps, le légendaire cinéaste Roberto Rossellini. Le film de Maddin, Mon père a 100 ans (My Dad is 100 Years Old), évoque dans son style caractéristique les premiers films muets. Rossellini médite sur la vie et la carrière de réalisateur de son père, à l’aune de l’esthétique de ses contemporains : Hitchcock, Fellini, Chaplin et Selznick (chacun d’eux est joué avec humour par Rossellini elle-même). Le film est riche en métaphores, la relation entre le père et sa fille représentant l’histoire du cinéma en tant que telle. Le film représente la relation d’Isabella Rossellini à l’égard de l’héritage de son père, tout en évoquant les influences artistiques de Maddin.

La machine du mouvement perpétuel de George Bassler (George Bassler’s Perpetual Motion Machine), de Berny Hi, observe deux hommes séparés par des siècles, mais étrangement similaires, ayant tous deux inventé des machines pour dompter le temps, tentant ainsi de le maîtriser d’une façon dont peut-être seul le cinéma est capable. En tant que cinéaste, Hi s’engage dans la même quête que les deux hommes dont il ressuscite les histoires, défiant le temps lors de ce processus.

Échos (Echoes) est une tentative expérimentale d’exprimer le deuil et la reconstitution de la mémoire, la narration en voix hors champ relayant un rêve de la mort d’une mère. Le cinéaste Jaimz Asmundson a projeté des images associées à sa propre mère sur des textures et des surfaces naturelles, les rephotographiant, les réanimant et les transformant afin de rendre les souvenirs plus abstraits et ainsi créer une représentation onirique de la perte et de la décomposition de la mémoire avec le temps, comme le corps de sa mère après sa mort.

Matthew Rankin recrée un souvenir fondamental tiré de l’histoire du cinéma de Winnipeg dans son hommage à Guy Maddin : Barbier frotte-mouette (Barber Gull Rub). Afin de parodier le style distinctif de Maddin, Rankin revisite une scène mineure, mais mémorable de Tales from the Gimli Hospital, le film qui a propulsé Maddin et son Manitoba natal (d’où est aussi originaire Rankin) vers la reconnaissance cinématographique, s’amusant à renforcer la mythification de l’art de Maddin et de sa muse dans les prairies.
Traversant le temps, Carole O’Brien, qui travaille sous le nom de plume Aubriand, s’approprie des images trouvées en 16mm, montrant les voyages d’un prêtre en Europe dans les années 1960 dans son film Du temps au loin (Time Away). Elle aborde deux motifs communs au cinéma : le concept du voyage et la question du temps. Un trio de voix — nos guides mystiques féminines — récite un poème alors que défilent les images de routes et de paysages filmées par le prêtre, puis adoptées et ressuscitées par O’Brien quarante ans plus tard.

Le programme effectue ici une transition de ce qui est personnel et introspectif vers la mémoire culturelle collective avec la satire des banlieues nord-américaines des années 1950 réalisée en 1981 par John Paizs : Un printemps au pays du gazon (Springtime in Greenland). Coïncidant avec l’actualité du slogan «?Make America Great Again?», la comédie colorée de Paizs se moque de cette utopie américaine fictive, utilisant les clichés de la culture populaire du passé pour aider à manufacturer une certaine idée de l’Amérique, recréant et sabotant au final la nostalgie qui célèbre cette idéalisation et ce blanchiment troublants de l’histoire américaine.

Entre les deux (What Comes Between) de Cecilia Araneda nous ramène au Chili dans les années 1970, durant le coup d’État fomenté par les États-Unis, ce qui nous éloigne considérablement de l’Amérique idyllique de la parodie de Paizs. Araneda juxtapose des images trouvées, provenant de son passé d’enfant réfugiée s’enfuyant du Chili au Canada, avec des archives historiques afin de représenter un traumatisme qui était et qui est toujours à la fois personnel et culturel. Un traumatisme dont les cicatrices persistent malgré le passage du temps et le changement d’environnement.

Le programme se conclue avec yaya/ayat, la réflexion sur le mode expérimental de Shimby Zegeye-Gebrehiwot sur son voyage en Grèce pour visiter une grand-mère dont elle ignore la langue. Le film lui-même transcende le langage en tant qu’expression d’amour pour sa grand-mère et en tant que tentative de réconcilier son identité hybride de Canadienne de première génération et d’accepter l’histoire diasporique des cultures de sa famille.

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Jeudi 23 mai à 19h30
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian — Bx
Tarif unique : 4,50€

PROGRAMME 2 : REGARDER DERRIÈRE NOUS ET ALLER DE L’AVANT


Heart
Réalisé par Sam Karney / poème de Katherena Vermette
2 min.42 | Documentaire | 2015
Un cinéaste et une poète se rendent dans le North End de Winnipeg, un des quartiers les plus violents et économiquement défavorisés du Canada, et y font des rencontres qui dissipent leurs préjugés.


Crash Site
Réalisé par Sonya Ballantyne
13 min. | Fiction avec animation | 2015
Après la mort soudaine de ses parents, Kaley doit déménager de la réserve à la ville pour vivre avec sa sœur aînée. Malheureuse dans sa nouvelle école et en conflit avec sa sœur, Kaley s’enfuit afin de retourner à la maison, mais durant sa fugue, elle rencontre une super-héroïne qui lui enseigne comment perfectionner ses propres pouvoirs.


Two Scoops
Réalisé par Jackie Traverse
2 min.55 | Documentaire animé | 2008
La « rafle des années 60 » qui a envoyé de nombreux enfants autochtones dans le système canadien de protection de l’enfance, est reconstituée au travers d’illustrations animées.


A Common Experience
Réalisé par Shane Belcourt
10 min.16 | Fiction documentaire | 2013
Une approche poétique des conséquences multigénérationnelles du système des pensionnats indiens au Canada, inspirée des épreuves personnelles vécues par la dramaturge autochtone Yvette Nolan.


Indian
Réalisé par Darryl Nepinak
1 min.40 | Comédie | 2008
Au concours national canadien d’orthographe, Darryl Nepinak bute sur un mot familier.


Four Faces of the Moon
Réalisé par Amanda Strong
12 min. 56 | Drame animé | 2016
Le passé colonial du Canada se mêle au récit familial personnel de la réalisatrice, portant un éclairage sur les revendications culturelles, linguistiques et territoriales des nations Cree, Métis et Anishinaabe.


SWEAT
Réalisé par Kristin Snowbird
4 min.44 | Documentaire | 2016
La cérémonie de la hutte à sudation ne peut faire l’objet d’un reportage, de photographies, d’enregistrements. Cette expérience fait donc ici l’objet d’une interprétation métaphorique et poétique.


Sweet Night
Réalisé par Jessie Short
6 min.53 | Fiction dramatique | 2016
Andy est une jeune femme métisse habitant dans une grande ville. Lorsqu’un ami initie Andy au « foin d’odeur », c’est pour elle le début d’une nuit d’introspection et de découverte de soi, qui la reconnecte à ses racines autochtones.



REGARDER DERRIÈRE NOUS ET ALLER DE L’AVANT
Par Stephanie Berrington

Les effets de l’héritage de la colonisation du Canada se ressentent encore aujourd’hui. Cela est particulièrement vrai à Winnipeg, une ville qui est située sur le territoire du Traité 1, sur les terres ancestrales des peuples anishinaabeg, cris, oji-cris et dénés, et sur la terre natale de la nation métisse. Il s’agit aussi de la ville avec la plus grande population autochtone selon les données du recensement de 2016. De nos jours, « Réconciliation » est un mot important dans notre ville, alors que des efforts sont faits pour reconnaître et corriger les injustices subies par ces populations sous la domination des colonisateurs et pour améliorer leurs relations. Les films de ce programme, qui ont tous été réalisés par des cinéastes autochtones, abordent les questions du racisme, des mauvais traitements et du génocide culturel au Canada. Ils interrogent les expériences des "native americans" dans le Canada contemporain, célébrant et reprenant possession de leur culture, leurs traditions et leurs pratiques spirituelles.

Cœur (Heart) est une collaboration entre le cinéaste Sam Karney et l’écrivaine métisse Katherena Vermette. Ils évoquent le North End de Winnipeg, quartier défavorisé qui accueille de nombreux autochtones, où l'activité criminelle et la présence des gangs ont fait sa réputation. Vermette et Karney remettent en question les stéréotypes liés à ce quartier, célébrant plutôt sa richesse culturelle et les gens qui y habitent.

Le site de la collision (Crash Site) de Sonya Ballantyne, suit une jeune autochtone qui tente difficilement de s’adapter à la vie dans la grande ville avec sa sœur aînée, ayant du quitter la réserve après la mort soudaine de ses parents. Le film de Ballantyne est un récit initiatique où les sœurs s’efforcent de réparer leur relation fragile (avec l’aide d’une superhéroïne autochtone dure à cuire).

Deux rafles (Two Scoops), un court métrage d’animation de Jackie Traverse, raconte l’histoire d’une fille qui a perdu ses frères et sœurs plus jeunes lors de la «rafle». Durant ces « rafles », qui ont eu lieu dans les années 1960, 1970 et 1980, le gouvernement canadien a appréhendé environ 20 000 enfants autochtones, les séparant de force de leurs familles et les plaçant dans des foyers d’accueil ou auprès de familles adoptives dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler une politique de génocide culturel et de racisme institutionnalisé.
Le racisme et la discrimination parrainés par le gouvernement sont des phénomènes de longue date au Canada. Les « rafles » du film de Traverse sont une extension du système des pensionnats, qui a duré un siècle. À la suite d’une législation adoptée en 1884, les enfants autochtones ont été enlevés à leurs familles et soustraits à leur culture, ils ont été forcés d’utiliser les langues des colons (l’anglais et le français) et de se convertir à la religion chrétienne, et ils ont souvent été victimes de violences physiques et sexuelles.

Une expérience commune (A Common Experience) se veut une illustration poétique des conséquences persistantes du système des pensionnats au sein de la famille de la dramaturge Yvette Nolan, réalisée en collaboration avec le cinéaste métis Shane Belcourt.

Indien (Indian) de Darryl Nepinak, au cours d'un faux concours d’orthographe, s’attaque au mot lui-même, un terme inadéquat pour décrire les peuples autochtones nord-américains. Le film met en vedette Nepinak lui-même, qui a de la difficulté à comprendre le mot qu’il doit épeler : Indien. Des pensionnats évoqués dans Une expérience commune aux implications linguistiques dans les rapports de pouvoir qui sont exposées avec humour par Nepinak, l’éducation en tant qu’outil d’assimilation et de normalisation de l’idéologie raciste est un fil conducteur à travers ces films.

Film d’animation réalisé avec des figurines, Les quatre faces de la Lune (Four Faces of the Moon) d’Amanda Strong dépeint les voyages dans le temps de sa protagoniste photographe (un alter ego pour Strong) alors qu’elle documente l’histoire coloniale du Canada et les dommages causés à la culture et au territoire de son peuple.

SUEUR (SWEAT) est la reconstitution symbolique et poétique par Kristin Snowbird d’une cérémonie de hutte à sudation qui, du fait de son caractère sacré, ne peut être filmée ou photographiée directement. Il s'agit d'une célébration de la culture de son peuple et une reconnaissance de la guérison spirituelle rendue possible pour Snowbird par sa participation aux cérémonies et aux traditions de son peuple.

Comme le film de Snowbird, Douce nuit (Sweet Night) de Jessie Short évoque la notion d'héritage culturel chez une jeune femme via le foin d’odeur, une plante sacrée utilisée lors des cérémonies autochtones. La protagoniste métisse, Andy, découvre sa sexualité alors qu’elle partage un moment romantique avec une amie dans un champ surplombant la ville. La plante qu'elle y trouve devient pour Andy un symbole de sa riche identité culturelle hybride, mais aussi du potentiel queer de son identité sexuelle.

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ÉGALEMENT
Vendredi 24 mai — 20h
La Troisième Porte à Gauche

72bis rue des Menuts, Bordeaux

Programme 3 : (ÊTRE) UNE FEMME AU CANADA
Douze courts métrages de femmes cinéastes, nombreuses au sein du Winnipeg Film Group, commentant à titre individuel ou collectif leur rapport à une société canadienne traditionnellement patriarcale au travers de leur expérience du quotidien, de l’enfance, de la sexualité, de la solitude.

www.troisiemeporteagauche.com

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Lundi 17 juin à 18h30
Auditorium - Bibliothèque Mériadeck

85 cours du Maréchal Juin
Tram A – Hôtel de police
Entrée libre

AU NORD, LES GRANDS ESPACES :
Une traversée des paysages du Grand Nord canadien
sur les traces des hommes au travail


BUCHERONS DE LA MANOUANE
Arthur Lamothe / 1962 / n&b / 27 min.*

Un aperçu du quotidien de 165 bucherons isolés dans les forêts enneigées du Haut-Saint-Maurice et un classique du cinéma direct québécois.

"Bûcherons de la Manouane est un documentaire sur les fils de cultivateurs peu nantis qui partaient passer l’hiver dans des camps pour couper du bois au nord du Québec, le long de la rivière Manouane. Il relate les conditions difficiles que ces hommes devaient affronter pour gagner un peu d’argent pour passer l’été. Leurs conditions de travail étaient dangereuses, ils devaient affronter les froids nordiques et la neige profonde. La nourriture était limitée et les bûcherons n’étaient pas assurés contre toutes les maladies, en plus d’être très modestement payés. En bas de la rivière, ce sont les grands moulins, notamment ceux de Trois-Rivières, qui achètent ce bois pour alimenter l’une des plus importantes industrie du papier au monde à l’époque, celle du Québec.

Bûcherons de la Manouane est réalisé dans une esthétique proprement documentaire. Plutôt que de recueillir des témoignages filmés, Lamothe se contente de filmer les événements, caméra à l’épaule. De très belles images en noir et blanc, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Une narration explicative est ajoutée en voix off. La bande son est aussi recréée et n’est pas toujours fidèle aux images à l’écran, ce qui donne un aspect plus poétique au film. Les quelques morceaux de musique qui tapissent sporadiquement ce film sont des pièces composées et interprétées par des bûcherons. D’ailleurs, leur mode de vie est explicitement dévoilé dans les paroles de ces chansons. Lamothe consacre une partie de son documentaire aux autochtones qui vivent près des camps. Il emmène ainsi une réflexion sur la place qu’ont les native americans dans la société de l’époque, alors qu’ils sont encore désignés comme étant des sauvages. C’est un regard humain que pose Lamothe autant sur les bûcherons que sur ces
« sauvages ». Certaines séquences évoquent une mise en scène. Lamothe défend d’ailleurs l’idée qu’un documentaire ne peut se passer de mise en scène car la mise en scène permet de mieux réfléchir et interpréter la réalité."

(Philippe Beauregard, CenterBlog)


LA DRAVE
Raymond Garceau / 1957 / n&b / 20 min.

Dans le Grand Nord, pour expédier le bois jusqu’à l’usine, le meilleur moyen est d’utiliser la rivière. Ainsi, tous les résineux coupés sur les chantiers sont dirigés vers l’eau pendant l’hiver et le printemps les entraîne vers l’aval. Avant 1900, le bois était souvent expédié directement en Angleterre en passant par le port de Québec. Puis, avec l’arrivée des moulins à papier, leur cheminement s’arrête à l’usine pour une première transformation.
L’industrie du flottage a nécessité des équipements spécialisés et a entraîné des transformations plus ou moins durables du paysage. Tantôt, il a fallu défricher des collines, tantôt, il a fallu harnacher des cours d’eau. (source)

Le chansonnier Félix Leclerc, dans sa langue truculente, raconte l’aventure que vivent chaque année les draveurs de la vallée de l'Outaouais, faisant franchir aux billots de bois des centaines de kilomètres de rivières, de chutes et de lacs.


CAPITALE DE L'OR
Wolf Koenig & Colin Low / 1957 / n&b / 22 min.*

Une évocation de la ruée vers l'or de 1897 à Dawson City, dans le territoire canadien du Yukon, au travers de photographies d'époque.

En 1947, les jeunes époux Crawford démontèrent leur maison en bois à Dawson et la reconstruisirent en dehors de la ville (900 habitants à l’époque), à Rock Creek.
Ils trouvèrent une collection de plaques photographiques en verre calfeutrée entre les murs de la cabane. Ces photos avaient été placées là par Eric Hegg avant qu’il quitte la ville en 1900.
Avec l’intention d’utiliser ces plaques de verre pour construire une serre, Irene Crawford alla demander à son patron, Dirk Diment, propriétaire de Dawson artscrafts, quelle était la meilleure méthode pour en retirer l’émulsion.
Diment réalisa l’importance de la découverte et offrit aux Crawford de quoi construire leur serre en échange des vieilles plaques négatives. Il fit don de la collection, constituée de 93 négatifs sur verre et de 96 négatifs nitrate, au National Museum of Man à Ottawa.
À Ottawa, le réalisateur Colin Low vit les 200 photos de la ruée vers l’or prises par Eric Hegg qui avaient été récemment découvertes dans la cabane de Dawson. Colin Low et Wolf Koenig s’inspirèrent des photos pour réaliser ce court métrage, CAPITALE DE L’OR, qui combine leurs propres images, les photos de Hegg et le texte de Pierre Berton.
Il s’agit du premier film qui a recourt à la technique du panorama et du zoom à l’intérieur d’une image fixe, qui a directement influencé des cinéastes tels que Ken Burns, connu pour ses documentaires sur l’histoire des États-Unis (« l’effet Ken Burns » est le terme employé par l’éditeur de diaporama du logiciel iPhoto d’Apple pour effectuer un lent rapprochement).

CAPITALE DE L'OR a reçu le prix du Meilleur court métrage documentaire au festival de Cannes en 1957.


OPTIMISM
Deborah Stratman / 2018 / couleur / vostf / 14 min.

Le passé de Dawson City, cuvette enneigée où le soleil est rare et la vie rude, attire aujourd’hui les touristes, croisant les derniers chercheurs d’or.

"À Dawson City, dans le territoire canadien du Yukon, la ruée vers l’or de la fin du XIXe siècle (Klondike Gold Rush) fait fructifier le tourisme, mais il y a encore des chercheurs d’or. Avec ce puzzle de sons et d’images Super 8, Deborah Stratman relie de manière ludique l’attrait de l’or à un fait climatique : dans cette ville située au fond d’une cuvette, les éclats de soleil sont aussi rares et chers que les pépites. Comment faire descendre l’astre, sinon en capturant et en diffractant ses rayons ? Un étrange disque-miroir placé à flanc de coteau remplit cette fonction à la fois futile et vitale, décorative et roborative. C’est en fait une partie d’un ensemble de sculptures publiques, Augural Pair, créées par Deborah Stratman et Steven Badgett. La virtuosité du montage en associe le motif au cabaret local, autre descendant de l’âge d’or, via le cercle lumineux qui suit une artiste sur scène. Un univers feutré et mystérieux affleure, réminiscent de Twin Peaks. La scansion d’un geste artisanal, qui sur la bande-son finit par dominer les bruits de la faune forestière, pointe par son insistance un recouvrement historique : le coût humain de la ruée, c’est-à-dire l’expropriation des indigènes. Plus qu’un clin d’oeil, la musique de La Ruée vers l’or de Chaplin se voit ici décapée de son potentiel burlesque au profit de tonalités dramatiques et inquiétantes, ébranlant l’éclat lumineux du titre."
(Charlotte Garson, Cinéma du Réel, 2018)

+

BONUS
Nous reprogrammons le film de Jacques Godbout en fin de séance, suite à l'incident technique qui nous avait empêché de le projeter le mois précédent

FABIENNE SANS SON JULES
Jacques Godbout / 1964 / n&b / 28 min.*

Les tribulations et les fantaisies de la chanteuse et comédienne Pauline Julien, célèbre féministe québécoise, qui aimerait parvenir à séduire Jean-Luc Godard...
Le luxe dont s'entoure une artiste, la fortune qu'elle possède ou qu'on lui prête, l'adulation dont elle est l'objet, en font un être éthéré, difficile à intégrer au monde du travail. Sous les traits de la vedette, Pauline Julien révèle une jeune femme très humaine, inquiète et soucieuse de perfectionner son art.

* films issus de la Cinémathèque Monoquini, projetés en format 16mm

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