JEUDI 15 FÉVRIER 2018 - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarifs : 6,50€/4,80€

EL PICO
(Overdose)
Un film de Eloy de la Iglesia

Espagne, 1983, couleur, 1h50, VOSTF
Avec José Luis Manzano, Enrique San Francisco, José Manuel Cervino...

Film inédit en salles en France, interdit aux moins de 18 ans à sa sortie.

En présence de Loïc Diaz Ronda, chercheur et programmateur, spécialiste du cinéma espagnol.

Dans la grisaille du Bilbao du début des années 80, Paco et Urko, deux adolescents en rupture de ban - l'un est le fils d'un commandant de la Garde Civile qui le destine à une carrière militaire, l'autre le fils du dirigeant d'un parti nationaliste de la gauche Basque, candidat aux élections législatives - délaissent leurs études pour les paradis artificiels, partageant tous deux la couche de Betty, une jeune prostituée qui va les initier à l'héroïne.
De consommateurs, ils deviennent trafiquants, rapidement emportés dans une spirale criminelle qui va frapper de plein fouet leurs familles respectives.

À la mort de Franco en 1975, le tournant démocratique en Espagne s'accompagne d'une crise économique résultant du choc pétrolier et d'un chomage de masse qui touche principalement les quartiers populaires de la périphérie des grandes villes. Entre barres d'immeubles et terrains vagues où l'on parle le "cheli", l'argot des voyous, la délinquance et le trafic de drogue explosent. Avec la disparition de la censure, le cinéma s'empare de nouveaux sujets de société : la figure marginale et picaresque du "quinqui", le "quincaillier" qui vit de petits trafics et par extension, bandit des grands chemins qui inspire le mode de vie de jeunes livrés à eux-mêmes, va devenir un phénomène extrêmement populaire et rentable.
L'année 1977, avec Perros Callejeros ("Chiens errants") de Juan Antonio de la Loma, marque l'avènement du cinéma quinqui comme genre codifié qui va produire une trentaine de titres jusqu'en 1985, mais aussi comme phénomène médiatique. Ces films font le plus souvent appel à de jeunes acteurs recrutés dans les bas-fonds, parmi les délinquants dont certains deviennent des vedettes de la presse à scandale, relatant leurs exploits bien réels et leur transposition sordide dans des œuvres de fiction.
C'est la célébration crapuleuse des anges sauvages à la gueule cassée et au destin tragique, qui vivent vite et meurent précocement, sur fond de sexe, drogue et rumba.

Cinéaste prolifique dans tous les genres et notamment le cinéma quinqui dont il fut précurseur, habitué aux sarcasmes de la critique pour ses sujets dénoncés comme scabreux, Eloy de la Iglesia se fait d'une certaine façon le chroniqueur de cette époque au climat social et politique tendu, en choisissant de tourner pour la première fois sur sa terre d'origine, épaulé par son fidèle scénariste, le journaliste Gonzalo Goicoechea.
La réalité conflictuelle du Pays Basque, dans le contexte de lutte armée menée par l'ETA et de répression policière, dresse une toile de fond oppressante qui permet au réalisateur de créer la polémique, en dénonçant les pratiques de la Garde Civile, coupable de torture, de chantage et d'extorsions.
"El Pico", dans le langage courant, se réfère au tricorne du gendarme et à l'aiguille de la seringue, symbolisant à la fois le carcan répressif de la société et le rituel du shoot, qui n'ouvre nul horizon.

La représentation crue des ravages de l'héroïne, alors que le réalisateur éprouvait lui-même les affres de l'addiction et du manque, ses obsessions sulfureuses pour les marges et une sexualité sans tabous, ont suscité la virulence des critiques de tout bord, dénonçant un mélange de complaisance et de mauvais goût caractéristique. C'est pourtant dans les relations tumultueuses entre un père aux valeurs réactionnaires et son fils en roue libre que transparait la dimension politique du cinéma d'Eloy de la Iglesia.
En offrant une forme de rédemption - éphémère - à Paco, interprété par José Luis Manzano, un adolescent marginal issu des quartiers populaires de Madrid et devenu son acteur fétiche, Eloy de la Iglesia souligne son attachement pour les destins brisés dans une société qui n'ouvrait alors aucune perspective individuelle.

El Pico fut un des plus gros succès commerciaux du cinéma espagnol en 1983, et donna lieu à une suite en 1984, El Pico 2, offrant toute latitude à Eloy de la Iglesia, l'inscrivant comme figure emblématique du cinéma quinqui.

— Bertrand Grimault

Sources : l'excellente thèse de Laureano Montero, Le cinéma d'Eloy de la Iglesia : marginalité et transgression, consultable ici

Retrouvez Lune Noire sur www.lunenoire.org et sur Facebook

________________________________________________________________________________________

Également jeudi 15 février de 18h à 20h
AU CAFÉ POMPIER

LA CONTRA OLA — Musique synthétique et expérimentale des années 80 en Espagne.
Présentation/écoute du double vinyle compilé par Loïc Diaz, édité par Bongo Joe Records, projection (à 19h) du court métrage ALIENS de Luis Lopez Carasco (2017, 24 minutes), portrait de Tesa Arranz, figure clé et fantasque de la Movida madrilène.

Entrée libre, buvette sur place.

________________________________________________________________________________________

Un événement proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia, Radio Nova Bordeaux et le Café Pompier, avec l'aimable concours du festival Cinespaña et de la Cinémathèque de Toulouse.
Remerciements : Loïc Diaz Ronda, Victoria Bernal (Egeda).
_________________________________________________________________________________________