— À la faveur de l’actualité éditoriale qui entoure en cette année 2020 le réalisateur français Jean-Daniel Pollet (1936-2004 ), l’association Monoquini s’investit dans un hommage élargi à ce franc-tireur de la Nouvelle Vague au travers d’une rétrospective de ses films et d’une sélection d’œuvres qui accompagnent et éclairent son parcours.
Publication de plusieurs ouvrages (le livre collectif MACHINE POLLET co-publié par l’École supérieure des beaux-arts de Nîmes et les Éditions MF ; LA VIE RETROUVÉE DE JEAN-DANIEL POLLET, « Autobiographie » par Jean-Paul Fargier aux Éditions de l’Œil), réédition quasi intégrale de l’œuvre de Pollet dans de superbes éditions livre-DVD, toujours aux Éditions de l’Œil, ressortie en salle de la grande majorité des films en version restaurée, rétrospectives de l’intégrale à la Cinémathèque de Toulouse puis à la Cinémathèque Française : les circonstances se prêtaient à l’élaboration d’un projet à Bordeaux autour de cet auteur passionnant et multiple, méconnu du grand public.

L’œuvre de Jean-Daniel Pollet se distingue par des approches étonnamment diverses, voire divergentes, que le cinéaste partageait entre films « réalistes » et films « abstraits » : d’une part, des fictions et des comédies qui constituent le volet le plus visible de sa filmographie avec entre autres POURVU QU’ON AIT L’IVRESSE… (1958), UNE BALLE AU CŒUR (1965), L’AMOUR C’EST GAI, L’AMOUR C’EST TRISTE (1971) et L’ACROBATE (1976) ; d’autre part, une veine plus expérimentale aux multiples ramifications qui nous intéresse ici, dont le séminal MÉDITERRANÉE (1963), réalisé en collaboration avec l’écrivain Philippe Sollers et le musicien Antoine Duhamel, inaugure une série de films-essais sans équivalent dans le paysage cinématographique.

Pollet y déploie un vocabulaire thématiquement et visuellement élaboré, fait de circularité et de sédimentation, de reprise et de répétition, brassant les références nouvelles avec les images antérieures. Amples mouvements de caméra, travellings et panoramiques, montage et narration non-linéaires, font de Pollet autant un cinéaste qu’un « compositeur ». Ponctuée par la collaboration avec des écrivains (Philippe Sollers, déjà cité ; Julia Kristeva ; Jean Thibaudeau) et s’abreuvant constamment à la source littéraire (la génération « Tel Quel » ; Francis Ponge ; Lawrence Durrell ; Nikos Kazantakis ; Yannis Ritsos ; Mas-Felipe Delavouët…), son œuvre, qu’on peut qualifier de poétique, privilégie le rapport au texte et à la voix, comme méditation sur l’être au monde, le temps, les ruines et la mémoire.

C’est l’amour de Jean-Daniel Pollet pour la Grèce, berceau rêvé de la civilisation occidentale et réservoir infini de formes et de lumières, à la source de certains de ses plus beaux films, qui inspire le titre de MÉDITERRANÉES — au pluriel afin de refléter la diversité des points de vue qu’inspire son cinéma et que nous souhaitons aujourd’hui contribuer à faire redécouvrir. Un cinéma exigeant offrant sans nul doute des clés pour sortir d’un « monde-d’après » de plus en plus clos, vaniteux et coercitif, avec un regard éternellement neuf et une liberté intacte.

Bienvenue !

L’équipe de MÉDITERRANÉES
Antoine Calafat, Bertrand Grimault, Armelle Marcadé, Yan Saboya.

Remerciements
Theo Angelopoulos Heirs Association ; Xavier García Bardón ; Robert Beavers ; Francesca Bozzano et Vincent Spielmann à la Cinémathèque de Toulouse ; Mathilde Mollat, Pierre Coutelle, David Pigeret et toute l’équipe de la Station Ausone ; Jean-Paul Brussac à la Librairie Olympique ; Brecht Debackere ; Patrick Deval ; Gaël Teicher, Les Éditions de l’Œil et La Traverse ; Jean-Paul Fargier ; Catherine Gilloire ; Eleni Gioti ; Mr Ebrahim Golestan ; Alice Guilbaud à Images de la Culture ; Régis Hébraud ; Jazra Khaleed ; Maria Kourkouta ; Filippos Koutsaftis et Daphné Koutsafti ; Jean-Hugues Larché ; le Collectif Lescure et toute l’équipe du Lieu sans Nom ; Light Cone ; Roland Lanoë, Manuel Lo Cascio et Naïg Lyver à la Bibliothèque Mériadeck ; Corinne Maury ; l’Office National du Film du Canada ; Phaedra Papadopoulou à la Cinémathèque Grecque ; Éric Leroy et Catherine Patte au CNC ; Marc Peire et la Fondation Jenny & Luc Peire ; Tina Petrounia ; Boris Pollet ; Panagiotis Saslidis ; Patrick Troudet et toute l’équipe du Cinéma Utopia ; Olivier Zuchuat ; Martin de Sweet Home Ambroise ; et merci à toutes les personnes qui nous ont accompagnés, soutenus et encouragés à divers degrés dans notre entreprise.

Un projet de l'association Monoquini.