
PROJECTIONS EN 16 MM
BB FOREVER
en trois courts métrages et une surprise
Jacques Rozier France / 1963 / n&b / 9 min. 30 Lorsque Jacques Rozier filme le tournage du Mépris de Jean-Luc Godard en 1963, il réalise deux courts métrages complémentaires, Paparazzi et Le Parti des choses : Bardot et Godard. Dans le premier, il s’éloigne de l’équipe du film en pourchassant les paparazzi qui rodent dans les collines avoisinantes. Dans le second, au contraire, il filme le tournage du Mépris, se rapproche plus gravement de l’acte de création, dévoile les gestes quotidiens des techniciens, les déplacements des comédiens, les orientations du réalisateur et raconte l’organisation aléatoire guidée par le hasard des événements.
Bardot et Piccoli – qui incarnent un couple sensible et fragile à la dérive – se positionnent, les régisseurs italiens s’affairent, les équipes image et son se coordonnent, le clap annonce l’action et Godard dirige respectueusement Fritz Lang, « le vieux chef indien », « le porte-parole des dieux », « celui qui regarde les hommes » dira la voix off qui semble être, tout au long du film, la pensée commune de Godard et de Rozier. Elle s’interroge sur la part du hasard : « L’idéal pour Godard est d’obtenir tout de suite ce qui doit aller, le tout de suite c’est le hasard et en même temps c’est le définitif. Ce qu’il veut c’est le définitif par hasard. » Cette histoire d’odyssée que conte Le Mépris et la présence de Fritz Lang auraient-elles une influence sur les deux cinéastes de la Nouvelle Vague ? La voix dira aussi : « La caméra est d’abord un appareil de prise de vues, et mettre en scène c’est prendre modestement le parti des choses… » Jacques Rozier, visiblement fasciné par Fritz Lang et Brigitte Bardot, l’est aussi par son ami Jean-Luc Godard. Il le suit discrètement, le laisse travailler, avec ou sans la présence des dieux. Rozier, avec sa caméra, suit celle de Godard. Cette fois, il est le paparazzi qui chasse les appareils du cinéma. Grâce à la caméra Mitchell et à l’équipement Technicolor, Godard va sublimer Bardot. Le commentaire précisera que « depuis son premier film, À bout de souffle, chaque film de Jean-Luc Godard est un document vrai consacré à la femme moderne, illogique, désarmante, capricieuse, exaspérante, royale, mystérieuse… »
Si une part de hasard accompagne le cinéma, en tout cas celui de Godard et assurément celui de Rozier, c’est parce que leurs films se nourrissent constamment d’une réflexion sur la modernité et la nécessité de penser autrement le monde et sa restitution. Jacques Rozier profite de l’occasion pour redéfinir le cinéma, grâce aux présences de Godard, Bardot et Fritz Lang, trois figures d’exception qui se retrouvent ensemble sur un plateau éclairé par le soleil méditerranéen. Ce court métrage, miroir malicieux de la pensée de Jacques Rozier, est comme sa description de la femme moderne : illogique, désarmant, mystérieux, royal…
— Hervé Pichard À PROPOS D’UNE STAR
Elie (Eddy) Matalon France / 1964 / n&b / 15 min.
Musique : Michel Legrand.
Évocation de Brigitte Bardot, du phénomène d’adulation des masses.
ADIEU BRIGITTELouis Chevalier France / 1970 / couleur / 29 min.
Aux alentours des années 1970, Brigitte Bardot, qui s’est réfugiée dans le Sud de la France pour y vivre à l’abri des regards, est pourchassée et capturée par une milice d’action civique. Elle est ensuite jugée, condamnée à mort et exécutée. Le tribunal est présidé par le procurateur de la région Bordeaux-Aquitaine.
En 1960, à Toulouse, 8 cinéastes amateurs décident de se regrouper en association afin de réaliser des films indépendants. Ils fondent le Groupe des 8. Le ciné-club de la jeunesse les soutient et le Centre pédagogique les accueille. En mai 1963, une nouvelle association voit le jour : le Groupe des cinéastes indépendants, qui pratique la critique et le détournement dans l’esprit subversif de l’Internationale Situationniste. Avec eux, le cinéma s’insurge et s’amuse. Si leurs ciné-tracts participent au grand mouvement de Mai 68, les courts métrages Adieu Brigitte et L’École est finie démontrent une stupéfiante liberté de ton.







