
— Le court métrage serait-il au cinéma ce que la nouvelle est au roman ? Un précipité, une fulgurance, un jeu d’équilibre, un art de la concision ? Un mardi soir par mois au Cinéma Utopia, LES ÉPISODES vous proposent de vérifier cette hypothèse, palliant à la rareté de ce genre en soi dans les salles obscures, en dehors des festivals spécialisés. Il s’agit de réunir thématiquement des œuvres qui échappent aux modes de production et de diffusion conventionnels et d’explorer des archipels cinématographiques peu connus. Ce sont des films d’artistes et de cinéastes-plasticiens, des films-essais, des expérimentations couvrant une vaste étendue d’expressions et de pratiques audiovisuelles – de l’argentique au numérique, du cinéma d’animation au documentaire de création en passant par les infinies nuances de la fiction. Chaque séance présente une diversité de réalisations, mêlant films anciens et récents de toute nationalité, certains inédits en France, composant les chapitres d’un récit imaginaire au long cours.
MARDI 13 SEPTEMBRE 2022 — 20H15
Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 7€ ou Ticket abonnement

Manuel Knapp & Takashi Makino, AXIS OF AION
ÉPISODE 5 / DE LA TERRE AU CIEL
— En ces dernières claires nuits d’été, on a encore les yeux pleins d’apparitions célestes fugaces, de lunes d’ambre, de gravier d’étoiles – « les diamants des pauvres » selon Shakespeare. Les phosphènes sous les paupières closes, globes oculaires énergiquement frottés, offrent une alternative à toute heure. Les chutes d’étoiles en plein midi sont un phénomène plus rare, réservé aux médiums et aux mystiques, ou à certains artistes visionnaires. Sous ce vaste bol retourné qu’est la nuit, les lumières fossiles d’étoiles mortes nous parviennent après des millions d’années et touchent enfin notre rétine. Et si on remarque que les double-spirales de nos empreintes digitales se retrouvent au ciel, au centre de quelque constellation, il apparaît alors que le cosmos est à portée de main. Entre exploration d’un espace intérieur, variations autour de l’astre nocturne, rêveries enfantines et déflagrations stellaires, ces quelques films multiplient les récits et les techniques pour nous garder la tête dans les étoiles.
Au programme :
— LES PLANÈTES de Anne-Laure Boyer
— 13 de Shinya Isobe
— IMPRESSIONS EN HAUTE ATMOSPHÈRE de José Antonio Sistiaga
— METEOR de Mathias Müller & Christoph Girardet
— PWDRE SER (THE ROT OF STARS) de Charlotte Pryce
— AXIS OF AION de Manuel Knapp & Takashi Makino

Manuel Knapp & Takashi Makino, AXIS OF AION
_________________________________________________________________________________________
Durée totale du programme : 57 minutes
_________________________________________________________________________________________

LES PLANÈTES
Anne-Laure Boyer
(France / 2003 / n&b / 2’48)
— Une vidéo réalisée à partir d’une série de photos en tirage argentique, recourant à un montage en fondus enchaînés.
« Une boule de matière se métamorphose lentement. Éléments minéraux, racines végétales et morceaux de corps fusionnent selon un cycle mystérieux, à la fois fascinant et repoussant. Du microcosme au macrocosme, la boule expansive s’ouvre aussi sur son propre gouffre, où le corps se voit placé au centre du trou noir. Ou comment sonder les profondeurs d’une perception organique interne. » Anne-Laure Boyer.
Film présenté par Anne-Laure Boyer
Site de l’artiste
https://annelaureboyer.com/
_________________________________________________________________________________________

13
Shinya Isobe
(Japon / 2020 / 16mm / couleur / 11’)
— « Pour ce film, j’ai filmé le soleil pendant cinq ans, image par image, à 13 secondes d’intervalle. Le titre « 13 » provient de cet intervalle de 13 secondes. Mon intention était de réaliser un poème visuel symbolisant la chute du soleil. Il est illusoire de penser que le crépuscule se répète identiquement chaque jour de notre vie. Ce ciel immuable n’existe pas. Il nous dit que le temps est toujours perdu, ne s’arrête jamais et ne revient jamais. Ce film est d’inspiration bouddhiste d’une certaine manière. » Shinya Isobe
— « Au commencement, il n’y a qu’une grande toile obscure traversée par un point lumineux, comme une fugitive comète. Une deuxième lueur apparaît ensuite dans son sillage, puis d’autres encore. Peu à peu, un trajet lumineux s’esquisse dans le noir, avant que des ondes radiophoniques ne se manifestent et que nous soit révélée l’origine solaire des points de lumière. Pour réaliser ce beau court-métrage, le cinéaste japonais Shinya Isobe a photographié, toutes les treize secondes et depuis le même point de vue, le passage du soleil sur plusieurs années, compressant cinq ans de crépuscules en une série de constellations lumineuses et de variations chromatiques. Le cinéma s’y voit ramené à sa plus simple expression : par la mise en mouvement d’une série d’images fixes, de la lumière et du son jaillissent des ténèbres pour témoigner d’un regard posé sur le monde. Au-delà de sa portée ouvertement métaphysique, cette stase contemplative et envoûtante reste, comme toute création expérimentale, intimement liée au processus technique qui l’aura rendue possible. À la fin de 13, un triangle de lumière solaire auquel il manque un segment est complété par la forme, elle aussi triangulaire, que dessine dans un coin du cadre une antenne accrochée à un toit. Cette configuration géométrique vient synthétiser la démarche de Shinya Isobe, que l’on pourrait résumer ainsi : en dirigeant un appareil vers le ciel, le cinéaste tente ni plus ni moins de saisir les pulsations passagères de l’univers. Que la voûte céleste s’illumine progressivement avant de s’éteindre à la faveur d’un ultime éclat n’en est alors que plus déchirant, surtout à l’échelle d’un film aussi bref, dont la modestie apparente porte en elle l’ambition, vertigineuse, d’arracher au temps qui passe un petit morceau d’éternité. » Corentin Lê / critikat.com
_________________________________________________________________________________________

IMPRESSIONS EN HAUTE ATMOSPHÈRE
José Antonio Sistiaga
(Espagne / 1989 / 70mm / couleur / 7’)
Musique originale : Waslaw S. Beklemicheff
Voix : Beñat Achiary
— Dédié à Vincent Van Gogh par un peintre basque de la lumière, Impresiones en la alta atmosfera est un film entièrement peint à la main, directement sur de la pellicule transparente 70mm, le plus grand format existant en projection argentique. Le tableau translucide se transforme en vitrail animé.
_________________________________________________________________________________________

METEOR
Mathias Müller & Christoph Girardet
(Allemagne / 2011 / 35mm / n&b / 15’)
— Assemblé à partir d’images extraites de films et de motifs de science-fiction, Meteor met en scène sur le ton décalé d’un conte les expériences et le monde imaginaire d’un garçon au seuil de la découverte de soi. Nourri par une imagination enfantine, un voyage fantasmatique commence qui nous emmène de la chambre d’enfant à un cosmos artificiel.
_________________________________________________________________________________________

PWDRE SER (THE ROT OF STARS)
Charlotte Pryce
(USA / 2019 / 16mm / couleur / 7’)
— Au Moyen-Âge, au pays de Galles, on appelait Pwdre Ser une substance lumineuse associée à des visions mystiques, un terme qu’on peut le traduire par « pourriture d’étoile ». À la fin du 19ème siècle puis à partir des années 30 avec la photographie Kirlian, des expériences ont été menées pour capter l’aura des objets et des êtres vivants. Ce film, recourant à divers procédés chimiques, s’inspire de ce courant pseudo-scientifique, mêlant théologie et sciences positivistes, qui cherchait à capturer les mouvements invisibles de l’âme et la vibration de la force vitale cosmique.
Site de l’artiste :
https://charlottepryce.net/
_________________________________________________________________________________________

AXIS OF AION
Manuel Knapp & Takashi Makino
(Autriche-Japon / 2019 / num. / couleur / 14’)
Prix du meilleur court métrage expérimental, LUFF 2021
— « Axe de l’instant infini », pourrait-on traduire le titre de ce voyage pour l’œil, selon l’interprétation que donne Gilles Deleuze du concept d’aïon, s’opposant au temps linéaire. Il en résulte un objet filmique non identifiable, traversé d’événements qui se superposent, entre rigueur géométrique animée d’un mouvement perpétuel et évocation d’une matière cosmique en gestation, signatures respectives de deux artistes qui mêlent leurs univers. Une odyssée de l’espace.
Sites des artistes
https://makinotakashi.net/
http://knapp.klingt.org
_________________________________________________________________________________________
Durée totale du programme : 57 minutes
Merci à Light Cone, aux artistes et aux cinéastes qui nous ont confié leur film.
