— Proposé par la Bibliothèque de Bordeaux et l'association Monoquini, ce cycle de 7 rendez-vous invite à (re)découvrir les œuvres marquantes ou méconnues de la riche cinématographie canadienne. Cette sélection subjective de films choisis pour leur qualité, leur place singulière dans l’histoire du cinéma, leur universalité ou leur forte spécificité nationale, s’intéresse notamment aux grandes figures du documentaire canadien des années 60 et 70 ainsi qu’aux thématiques spécifiques à ce cinéma : les conditions de vie et de travail dans le Grand Nord ou la question des enjeux linguistiques. Un éclairage sur la scène artistique indépendante de Winnipeg, entre cinéma de fiction, documentaire et expérimental, complète cette programmation.


Lundi 17 juin à 18h30
Auditorium - Bibliothèque Mériadeck

85 cours du Maréchal Juin
Tram A – Hôtel de police
Entrée libre

AU NORD, LES GRANDS ESPACES :
Une traversée des paysages du Grand Nord canadien
sur les traces des hommes au travail


BUCHERONS DE LA MANOUANE
Arthur Lamothe / 1962 / n&b / 27 min.*

Un aperçu du quotidien de 165 bucherons isolés dans les forêts enneigées du Haut-Saint-Maurice et un classique du cinéma direct québécois.

"Bûcherons de la Manouane est un documentaire sur les fils de cultivateurs peu nantis qui partaient passer l’hiver dans des camps pour couper du bois au nord du Québec, le long de la rivière Manouane. Il relate les conditions difficiles que ces hommes devaient affronter pour gagner un peu d’argent pour passer l’été. Leurs conditions de travail étaient dangereuses, ils devaient affronter les froids nordiques et la neige profonde. La nourriture était limitée et les bûcherons n’étaient pas assurés contre toutes les maladies, en plus d’être très modestement payés. En bas de la rivière, ce sont les grands moulins, notamment ceux de Trois-Rivières, qui achètent ce bois pour alimenter l’une des plus importantes industrie du papier au monde à l’époque, celle du Québec.

Bûcherons de la Manouane est réalisé dans une esthétique proprement documentaire. Plutôt que de recueillir des témoignages filmés, Lamothe se contente de filmer les événements, caméra à l’épaule. De très belles images en noir et blanc, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Une narration explicative est ajoutée en voix off. La bande son est aussi recréée et n’est pas toujours fidèle aux images à l’écran, ce qui donne un aspect plus poétique au film. Les quelques morceaux de musique qui tapissent sporadiquement ce film sont des pièces composées et interprétées par des bûcherons. D’ailleurs, leur mode de vie est explicitement dévoilé dans les paroles de ces chansons. Lamothe consacre une partie de son documentaire aux autochtones qui vivent près des camps. Il emmène ainsi une réflexion sur la place qu’ont les native americans dans la société de l’époque, alors qu’ils sont encore désignés comme étant des sauvages. C’est un regard humain que pose Lamothe autant sur les bûcherons que sur ces
« sauvages ». Certaines séquences évoquent une mise en scène. Lamothe défend d’ailleurs l’idée qu’un documentaire ne peut se passer de mise en scène car la mise en scène permet de mieux réfléchir et interpréter la réalité."

(Philippe Beauregard, CenterBlog)


LA DRAVE
Raymond Garceau / 1957 / n&b / 20 min.

Dans le Grand Nord, pour expédier le bois jusqu’à l’usine, le meilleur moyen est d’utiliser la rivière. Ainsi, tous les résineux coupés sur les chantiers sont dirigés vers l’eau pendant l’hiver et le printemps les entraîne vers l’aval. Avant 1900, le bois était souvent expédié directement en Angleterre en passant par le port de Québec. Puis, avec l’arrivée des moulins à papier, leur cheminement s’arrête à l’usine pour une première transformation.
L’industrie du flottage a nécessité des équipements spécialisés et a entraîné des transformations plus ou moins durables du paysage. Tantôt, il a fallu défricher des collines, tantôt, il a fallu harnacher des cours d’eau. (source)

Le chansonnier Félix Leclerc, dans sa langue truculente, raconte l’aventure que vivent chaque année les draveurs de la vallée de l'Outaouais, faisant franchir aux billots de bois des centaines de kilomètres de rivières, de chutes et de lacs.


CAPITALE DE L'OR
Wolf Koenig & Colin Low / 1957 / n&b / 22 min.*

Une évocation de la ruée vers l'or de 1897 à Dawson City, dans le territoire canadien du Yukon, au travers de photographies d'époque.

En 1947, les jeunes époux Crawford démontèrent leur maison en bois à Dawson et la reconstruisirent en dehors de la ville (900 habitants à l’époque), à Rock Creek.
Ils trouvèrent une collection de plaques photographiques en verre calfeutrée entre les murs de la cabane. Ces photos avaient été placées là par Eric Hegg avant qu’il quitte la ville en 1900.
Avec l’intention d’utiliser ces plaques de verre pour construire une serre, Irene Crawford alla demander à son patron, Dirk Diment, propriétaire de Dawson artscrafts, quelle était la meilleure méthode pour en retirer l’émulsion.
Diment réalisa l’importance de la découverte et offrit aux Crawford de quoi construire leur serre en échange des vieilles plaques négatives. Il fit don de la collection, constituée de 93 négatifs sur verre et de 96 négatifs nitrate, au National Museum of Man à Ottawa.
À Ottawa, le réalisateur Colin Low vit les 200 photos de la ruée vers l’or prises par Eric Hegg qui avaient été récemment découvertes dans la cabane de Dawson. Colin Low et Wolf Koenig s’inspirèrent des photos pour réaliser ce court métrage, CAPITALE DE L’OR, qui combine leurs propres images, les photos de Hegg et le texte de Pierre Berton.
Il s’agit du premier film qui a recourt à la technique du panorama et du zoom à l’intérieur d’une image fixe, qui a directement influencé des cinéastes tels que Ken Burns, connu pour ses documentaires sur l’histoire des États-Unis (« l’effet Ken Burns » est le terme employé par l’éditeur de diaporama du logiciel iPhoto d’Apple pour effectuer un lent rapprochement).

CAPITALE DE L'OR a reçu le prix du Meilleur court métrage documentaire au festival de Cannes en 1957.


OPTIMISM
Deborah Stratman / 2018 / couleur / vostf / 14 min.

Le passé de Dawson City, cuvette enneigée où le soleil est rare et la vie rude, attire aujourd’hui les touristes, croisant les derniers chercheurs d’or.

"À Dawson City, dans le territoire canadien du Yukon, la ruée vers l’or de la fin du XIXe siècle (Klondike Gold Rush) fait fructifier le tourisme, mais il y a encore des chercheurs d’or. Avec ce puzzle de sons et d’images Super 8, Deborah Stratman relie de manière ludique l’attrait de l’or à un fait climatique : dans cette ville située au fond d’une cuvette, les éclats de soleil sont aussi rares et chers que les pépites. Comment faire descendre l’astre, sinon en capturant et en diffractant ses rayons ? Un étrange disque-miroir placé à flanc de coteau remplit cette fonction à la fois futile et vitale, décorative et roborative. C’est en fait une partie d’un ensemble de sculptures publiques, Augural Pair, créées par Deborah Stratman et Steven Badgett. La virtuosité du montage en associe le motif au cabaret local, autre descendant de l’âge d’or, via le cercle lumineux qui suit une artiste sur scène. Un univers feutré et mystérieux affleure, réminiscent de Twin Peaks. La scansion d’un geste artisanal, qui sur la bande-son finit par dominer les bruits de la faune forestière, pointe par son insistance un recouvrement historique : le coût humain de la ruée, c’est-à-dire l’expropriation des indigènes. Plus qu’un clin d’oeil, la musique de La Ruée vers l’or de Chaplin se voit ici décapée de son potentiel burlesque au profit de tonalités dramatiques et inquiétantes, ébranlant l’éclat lumineux du titre."
(Charlotte Garson, Cinéma du Réel, 2018)

+

BONUS
Nous reprogrammons le film de Jacques Godbout en fin de séance, suite à l'incident technique qui nous avait empêché de le projeter le mois précédent

FABIENNE SANS SON JULES
Jacques Godbout / 1964 / n&b / 28 min.*

Les tribulations et les fantaisies de la chanteuse et comédienne Pauline Julien, célèbre féministe québécoise, qui aimerait parvenir à séduire Jean-Luc Godard...
Le luxe dont s'entoure une artiste, la fortune qu'elle possède ou qu'on lui prête, l'adulation dont elle est l'objet, en font un être éthéré, difficile à intégrer au monde du travail. Sous les traits de la vedette, Pauline Julien révèle une jeune femme très humaine, inquiète et soucieuse de perfectionner son art.

* films issus de la Cinémathèque Monoquini, projetés en format 16mm

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