MICROSTORIES # 3



JEUDI 10 JANVIER 2013
20H30
CINÉMA UTOPIA
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif par séance : 6 € / abonnés 4, 50 €





UNREQUITED LOVE
(ON STALKING AND BEING STALKED)

de Chris Petit
(GB / 2006 / vidéo / couleur / vostf / 1h16)
Avec Rebecca E. Marshall, Gregory Dart, Vibeche Standal.
Film inédit en France


Du cinéaste britannique Chris Petit, on ne connait guère en France que son premier film co-produit par Wim Wenders, Radio On (1980), road-movie mutique mais musical tourné dans les paysages industriels de l'ouest de l'Angleterre. Il a pourtant réalisé un corpus atypique de films, notamment en collaboration avec Iain Sinclair, fameux essayiste-explorateur-psychogéographe des zones péri-urbaines, tout en menant une activité d'écrivain de polar et de critique de cinéma.

L' "amour non partagé" dont il est question d'emblée ici se manifeste au travers du voyeurisme, de la filature, du harcèlement que Chris Petit dissèque au travers d'une dérive urbaine à deux voix. D'une part, une jeune femme qui nourrit une passion obsessionnelle poursuit par tous les moyens l'objet de son désir ; d'autre part, l'homme qui la fuit reproduit le même schéma déceptif avec une autre femme, dans une autre ville.
Cette traque, puisant ses ruminations au gré de pages empruntées aux romancières Jean Rhys et Elizabeth Bowen autant qu'aux classiques (Dante, Goethe, Stendhal), incorpore également des références au cinéma de Powell, Hitchcock et Antonioni sur des lieux emblématiques de tournage à Londres - Peeping Tom, Frenzy, Blow Up, films de suspense, de quête et de résolution impossible.
Formellement aventureux et innovant (on pense à la manière "hypertextuelle" de Chris Marker), UNREQUITED LOVE morcelle constamment le cadre narratif conventionnel en intégrant des sources vidéo et électroniques de natures diverses : la traque se décline au crible de tous les outils possibles de "communication", de captation et de surveillance, du téléphone portable et du texto au courriel en passant par le regard des multiples caméras qui envahissent l'espace public et la sphère intime. Pas de happy end possible dans cette absence, cet abime irrationnel qui sépare le chasseur de la proie, cette pulsion érotique sans échange.
Adaptée du livre éponyme de Gregory Dart, une histoire d'attente, de peur, de fantasme, de désillusion.
A black valentine.




Film précédé du court métrage

MORTAR
de Rebecca E.Marshall
(GB / vidéo / 14 min.)

Rebecca E.Marshall, qui interprète la stalker de Unrequited Love, est également artiste dans le champ de la vidéo et du cinéma. Elle a réalisé des courts métrages et des documentaires à la lisière de l'expérimental. En 2002, elle a co-fondé The Electric Palace Cinema, une petite salle indépendante de 52 sièges à Hastings, classée par The Guardian comme un des trois plus beaux cinémas de Grande Bretagne. De 2001 à 2009, elle a animé Shot by the Sea, Festival annuel du Film et de l'image en mouvement d'Hasting.

MORTAR fait le "portrait" d'un bâtiment gigantesque - une ancienne glacière fonctionnant à la vapeur construite en 1886, une des premières du genre, et qui est totalement vide depuis 40 ans. Il fait face à la mer, à Hastings, dans le Sussex, au sud de la Grande-Bretagne. La caméra explore les méandres du bâtiment qui semble animé d'un souffle et d'une vie propre au travers d'une composition électroacoustique signée Andrew Nicol et Rebecca E.Marshall. Les murs suintants sont devenus des tableaux abstraits, quasi organiques, et les fantômes semblent avoir pris possession des lieux.

http://rebeccaemarshall.com/


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MICROSTORIES # 4



JEUDI 14 MARS 2013
21H
CINÉMA UTOPIA
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6 € ou ticket d'abonnement

LIFE WITHOUT DEATH
de Frank Cole
(Canada / 2000 / 35mm / couleur / vostf / 1h23)

LIFE WITHOUT DEATH est le récit extrêmement personnel de la traversée du Sahara entreprise à dos de chameau par le cinéaste Frank Cole.
Dans ce périple qui le mène de l'océan Atlantique jusqu'à la mer Rouge, il éprouve sa condition de simple mortel en surmontant la soif, la solitude, la douleur et la peur de se perdre.
Les images saisissantes de son odyssée à travers le désert se fondent avec la composition musicale de Richard Horowitz et nous entraînent dans une méditation poétique hallucinante sur la vie et sur la mort.




Le Sahara est le désert le plus grand, le plus chaud et le plus aride du monde. Vaste et austère étendue de sable, de gravier et de pierre, le Sahara occupe le quart du continent africain. Il est composé d'une mosaïque de paysages surprenants : océans de dunes ondulantes, plateaux infinis de minéraux compacts et de lacs asséchés.
Le Sahara est longtemps resté une terre totalement inexplorée, un vide mystérieux sur les cartes de l'Afrique. Aujourd'hui, le Sahara suscite toujours terreur et fascination. Se confronter à l'immensité inhospitalière du désert est un défi permanent, une lutte perpétuelle contre une chaleur accablante, une soif insatiable et l'épuisement physique qui peut aussi constituer une expérience dévastatrice à laquelle peu de gens se sont soumis.


La fascination de Frank Cole pour le désert du Sahara est née de la lecture de The Fearful Void, puissant récit personnel de Geoffrey Moorehouse. En 1973, Moorehouse entreprenait seul une traversée du Sahara. Ce voyage s'avèrera une succession de moments de maladie, de crainte et de désespoir. Le caractère aliénant du Sahara le poussera au bord de la folie. Et Moorehouse abandonnera son voyage après avoir couvert à peine la moitié du trajet. Cole s'est très fortement identifié à la tentative courageuse de cet homme.


En 1981, Cole voyage à travers l'Algérie. Le Sahara, sa beauté terrifiante, l'horizon infini, le silence de mort trouvèrent un puissant écho en lui. L'obsession de la mort chez Frank Cole est liée à son attachement profond à la vie. Selon Cole, nous existons dans un paradoxe, tiraillés entre la crainte de mourir et l'acceptation tacite de notre propre mort. Dans sa perspective, le sentiment de fatalisme qui l'accompagne nous empêche de vivre pleinement. Cole est un défenseur de " la prolongation de la vie ". Il considère que la science découvrira finalement un traitement qui ralentira le processus de vieillissement jusqu'à empêcher la mort naturelle. Il est un disciple du régime de Walford qui prétend augmenter l'espérance de vie en réduisant de façon substantielle notre consommation alimentaire. Membre du Cryonics Institute, il a pris ses dispositions pour que, à sa mort, son corps soit cryogénisé. La négation symbolique de la mort est un thème récurrent dans ses films.
Son premier film, A Documentary, est un portrait intime de la relation existant entre ses grands-parents alors que sa grand-mère combat vainement la maladie d'Alzheimer.
En 1984, Cole est retourné dans le Sahara pour tourner son premier long métrage, A Life. Alternant des images d'une pièce vide et des images du Sahara, A Life raconte l'histoire fictive d'un homme (interprété par Cole) qui parvient à un accomplissement de lui-même en se confrontant à une série de situations périlleuses dans le désert. Plus tard, Cole a filmé son grand-père dans les derniers moments de sa vie. Cole a été profondément affecté par sa mort qui a joué un rôle de déclencheur quant à sa décision de traverser le Sahara.

Cole a commencé à planifier son voyage plusieurs années avant son départ. Il s'y est préparé à travers des exercices physiques quotidiens, l'étude de l'arabe, du secourisme et de l'orientation. Les images du désert ont été tournées par Cole, seul. Sa caméra Bolex 16mm était équipée d'une minuterie qui lui permettait de préparer les prises de vue afin de s'y inclure. Tourner seul un film dans le Sahara exigeait une attention continue et ajoutait une difficulté supplémentaire à la traversée effectuée par Cole. Le stock de pellicules et le matériel cinématographique devaient être manipulés avec soin et protégés de la chaleur et du sable. Du fait que ses tournages étaient illégaux dans la plupart des pays qu'il traversait, Cole courait presqu'en permanence le risque d'être arrêté.


Il commence son voyage en partant de Nouakchott, en Mauritanie, le 29 novembre 1989. Son itinéraire vers la mer Rouge suit les pourtours sud du Sahara en traversant la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Soudan. Plusieurs des pays traversés par Cole sont alors en proie à une guerre civile ou tribale. Sa décision de voyager seul rend cette traversée encore plus difficile et dangereuse. Étranger dans un territoire qui lui est inconnu, il est encore plus vulnérable aux attaques des bandits. Cole doit s'orienter par lui-même, s'occuper des chameaux et trouver nourriture et eau. Il se nourrit de dattes, de riz, de sardines et de tout ce qu'il peut acheter auprès des habitants des oasis. Il transporte avec lui soixante litres d'eau, soit assez pour trois jours de voyage. Son itinéraire est dicté par l'emplacement de quelques puits disséminés dans le désert. Il engage parfois des guides pour traverser les régions les plus difficiles mais il effectue quatre-vingt pour cent du parcours seul. Pendant son voyage, Cole est contraint d'échanger ses chameaux épuisés ou blessés contre des montures reposées. Il parcourt 7100 km et atteint les rives de la mer Rouge onze mois après son départ, le 3 novembre 1990.


Après avoir achevé LIFE WITHOUT DEATH, Frank Cole est retourné dans le Sahara pour entreprendre selon un itinéraire moins balisé, une autre traversée du désert. Il a été attaqué et tué par des bandits en octobre 2000, dans le nord du Mali.







"Un film ovni, hors normes, à la mesure du délire de son réalisateur.
Une errance solitaire sur un chameau en plein désert africain, de la Mauritanie à la mer Rouge,
un voyage aussi physique que métaphysique, terrien et mystique, du cinéaste, qui suite à la mort traumatisante de son grand-père a décidé de défier la mort,de la provoquer en personne en s'infligeant une série de souffrances dont il sortira vainqueur après avoir failli plusieurs fois périr d'épuisement. Cole filme admirablement ce voyage intérieur écrasé par les rayons du soleil brûlant, enlisé dans le sable épais : un pari insensé que seul le désir de cinéma semble pouvoir justifier. Une expérience des limites, où les préoccupations artistiques et humaines se confondent dans un jeu radical et mystérieux, dont l'obscurité touche au néant."
(Jean-Marie Durand, Les Inrockuptibles)

"Un vrai western métaphysique, une épopée mystique."
(Vincent Ostria, Les Inrockuptibles)

"Bien plus qu'un simple documentaire sur un formidable exploit 'sportif', Life Without Death est le récit d'une extraordinaire et effrayante expérience des limites. Cole montre le lente désagrégation de son corps et les stigmates de son calvaire, enregistre les images d'objets et de bêtes croisés dans l'immensité sableuse : rochers, terre desséchée, carcasses d'animaux, squelettes de chameaux, insectes dévorés par les fourmis, serpents, scorpions, vagues silhouettes humaines dans le lointain, les images décrivent alors un univers fantasmagorique, d'une létale et obtuse beauté."
(Le Monde)


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MICROSTORIES # 5




JEUDI 18 AVRIL 2013
21H
CINÉMA UTOPIA
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6 € ou ticket d'abonnement


Séance présentée par Bertrand Grimault, en présence d'Eddy Dufourmont,
Maître de conférence à l'Université Bordeaux III et spécialiste de l'histoire politique du Japon.





L’ANABASE DE MAY ET FUSAKO SHIGENOBU, MASAO ADACHI, ET 27 ANNÉES SANS IMAGES
de Éric Baudelaire
(France / 2011 / Couleur et N&B / Super 8, vidéo HD / 1h06)


L’épopée politique et personnelle de l’Armée Rouge Japonaise racontée comme une Anabase, nom donné par Xénophon à un voyage qui est à la fois une errance vers l’inconnu et un difficile retour chez soi.
Entre Tokyo et Beyrouth, de la fièvre idéologique de l’après 68 jusqu'à la fin des "années rouges", l’itinéraire de trente ans d’une frange radicale de la gauche révolutionnaire est raconté par deux de ses protagonistes.


May Shigenobu, fille de la fondatrice du groupuscule, en a été le témoin intime. Née au Liban dans le secret, elle ne connaît que la clandestinité jusqu’à ses 27 ans, mais une deuxième vie commence pour elle avec l’arrestation de sa mère en 2000 et son apprentissage d’une vie soudainement très publique.

Masao Adachi, réalisateur légendaire au Japon, scénariste pour Nagisa Oshima et Koji Wakamatsu, a quitté le cinéma pour prendre les armes avec l’Armée Rouge Japonaise au nom de la cause Palestinienne en 1974.
Pour ce théoricien du fûkeiron, mouvement de cinéastes qui filmaient le paysage pour révéler les structures omniprésentes du pouvoir, ses 27 années d’exil volontaire furent sans images, car celles qu’il tourna au Liban furent détruites pendant la guerre.

C’est donc la parole, le témoignage, la mémoire (faussée parfois) qui composent ce présent film. Deux récits croisés où se mêlent histoires intimes, Histoire politique, propagande révolutionnaire et théorie du cinéma, 30 ans d’invention de soi où il est en permanence question d’images, où les images publiques véhiculées par les médias relatent des opérations terroristes pensées comme des scénarios, et où les images personnelles sont perdues ou détruites dans le chamboulement des luttes.

Sur un mode documentaire d'une grande singularité, les voix de May Shigenobu et Masao Adachi accompagnent des images tournées en Super 8 dans le paysage contemporain de Tokyo et Beyrouth.








Note sur Masao Adachi :
par l’historien Gô Hirasawa

« Né à Fukuoka en 1939, Masao Adachi entre au Département des Beaux-Arts de la Nihon University en 1959, où il suit le cursus d’Études cinématographiques. Il participe à la restructuration du Nihon University Film Study Group – groupe en pointe non seulement dans le champ du cinéma universitaire mais dans le cinéma expérimental en général – et réalise dans ce cadre des films très remarqués à l’époque, Wan [Bol, 1961] et Sa-in [Vagin Clos, 1963].
Simultanément, en association avec le VAN Institute for Cinematic Science, Masao Adachi travaille avec un grand nombre d’artistes, parmi lesquels Genpei Akasegawa, Takehisa Kosugi, Yasunao Tone, Yoko Ono, Sho Kazekura, et organise une performance intitulée Sa-in no Gi [La cérémonie du vagin clos]. Il collabore au Film Independent, projections collectives des travaux de cinéastes indépendants, puis rejoint Wakamatsu Production.
Tout en réalisant ses propres films, Masao Adachi écrit plusieurs scénarios pour Koji Wakamatsu, notamment : Quand l’embryon part braconner (1966), Histoire de la violence de l'underground japonais : le sang de l'homme étrange (1967), Réflexions sur la mort passionnelle d'un fou (1969), Sex Jack (1970). Il produit aussi de façon indépendante son Galaxy (1967). En 1968, il joue dans deux films de Nagisa Oshima : La Pendaison et Le Retour des trois soûlards. Il travaille pour Sozo-sha, la compagnie indépendante d’Oshima, et rédige le scénario du Journal du voleur de Shinjuku (1968). En 1969, avec Mamoru Sasaki, scénariste de la Sozo-sha, et Masao Matsuda, critique de cinéma anarchiste, il coproduit et coréalise Aka Serial Killer, un film constitué de plans des paysages qu’avait dû traverser le tueur en série Norio Nagayama.
En 1971, avec Oshima et Wakamatsu, Adachi est invité par la Semaine de la Critique au festival de Cannes. En rentrant au Japon, il décide de faire un détour par la Palestine et y produit un film de contre-information internationaliste, The Red Army/PFLP: Declaration of World War, coproduit par le FPLP et des membres de l’Armée Rouge Japonaise, parmi lesquels Shigenobu Fusako. Pour montrer le film, il met en place la “Red Bus Film Screening Troop”, qui voyage dans tout le Japon. En tant qu’activiste, Adachi a conçu et pratiqué plusieurs théories du cinéma, au sujet tant de l’esthétique que de la forme des projections.
En 1974, il quitte le Japon et se consacre à la Révolution palestinienne. Ses activités restent alors clandestines, jusqu’à ce qu’en 1997, il soit arrêté et incarcéré au Liban.
En 2001, Adachi est extradé au Japon où, après deux ans d’emprisonnement, il est libéré mais reste toujours interdit de sortie de territoire.
À présent, Adachi prépare un nouveau film intitulé Thirteenth Month of the Year et élabore une nouvelle théorie du cinéma. »





Note sur Éric Baudelaire:


Éric Baudelaire est un artiste et cinéaste français né à Salt Lake City en 1973. Son travail a fait l'objet d'expositions monographiques récentes au centre d'art Gasworks, à Londres, à La Synagogue de Delme, en Lorraine, au Hammer Museum de Los Angeles, ainsi que dans les galeries Juana de Aizpuru à Madrid, Elizabeth Dee, à New York et Greta Meert à Bruxelles. En 2012 il participe à La Triennale au Palais de Tokyo, Paris (cur. Okwui Enwezor), à Documentary Forum / A Blind spot à la HKW de Berlin (cur. Catherine David), à la Biennale de Taipei (cur. Anselm Franke), et à la Baltic Triennial de Vilnius (cur. Defne Ayas et Ben Cook). Ses œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou, du Fond National d'art Contemporain, du FRAC Auvergne et du Whitney Museum of American Art. Ses films ont été sélectionnés dans de nombreux festival dont le FID Marseille, le Rotterdam International Film Festival et le San Francisco Film Festival.



Repères bibliographiques :
Le Bus de la révolution passera bientôt près de chez toi -
Écrits sur le cinéma, la guérilla et l'avant-garde (1963-2010), de Masao Adachi (Éditions Rouge Profond, 2012)
Le Cinéma enragé au Japon, de Julien Sévéon (Éditions Rouge Profond, 2010)
Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte, ouvrage collectif (Imho, 2010)


Quelques repères cinématographiques :
Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution – Masao Adachi, de Philippe Grandrieux (2011)
United Red Army, de Koji Wakamatsu (2008)
Quand l'embryon part braconner, de Koji Wakamatsu (1966)
Les anges violés, de Koji Wakamatsu (1967)
Va va vierge pour la deuxième fois, de Koji Wakamatsu (1969)


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MICROSTORIES # 6



Marie-Eve Nadeau dans La richesse du loup



JEUDI 16 MAI 2013
21H
CINÉMA UTOPIA
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6 € ou ticket d'abonnement


Séance présentée par Bertrand Grimault,
en présence de Damien Odoul et de Marie-Eve Nadeau.





LA RICHESSE DU LOUP
de Damien Odoul
(France / 2012 / Couleur / DV Canon 5D / 1h26)


Du jour au lendemain, un homme disparaît, laissant derrière lui un carnet de notes
et les cassettes vidéos tournées durant les sept dernières années de sa vie.
Sa compagne, considérant d'abord ces centaines d'heures de rushes "comme une tête coupée dans un carton", tente de démêler les paroles inachevées, d'interpréter les images éparses, les éclats faits d'urgences et de lenteurs : de rassembler les fragments de ce puzzle humain afin de comprendre et accepter la disparition de l'homme qu'elle aime. De voir par ses yeux.



À ce jour inédit sur les écrans français, le dernier film du réalisateur du Souffle (2001), splendide œuvre inaugurale, et d'une brassée de films courts et longs dont le souvenir nous hante durablement, a des allures de confession. Un autoportrait à peine voilé qui, par le biais d'images brulées, heurtées ou délicates, témoigne de la nécessité d'affronter ses démons, de se rêver une histoire, de se réinventer, de (re)trouver enfin le chemin vers soi.
Cinéaste-poète animiste, bucheron et pyromane à l'occasion, Damien Odoul capte les brumes de son pays imaginaire, le tellurisme des paysages en France et au Japon, une aube, les caresses de la lumière, les êtres de rencontre, les dépouilles animales, il compose en un mélange d'âpreté et de douceur une cosmogonie à la fois personnelle et universelle...
"Le plus précieux trésor s'obtient sans supplier", affirme ce film qui s'adresse à nous comme une lettre intime.
Une méditation sur l'impermanence des choses, la fragilité de l'existence et la beauté de l'instant, pierre de touche d'une filmographie extrêmement personnelle,
discrète et bouleversante.










Un portrait de Damien Odoul
par Bernard Payen



"Depuis 1988, Damien Odoul fait des films, courts et longs métrages, des films de terre et de pluie, des films de vent et de feu, violents et doux. Ses personnages principaux, souvent masculins, sont des êtres de fuite qui finissent toujours par affirmer leur liberté, tout en étant conscients de la fragilité du temps qui passe, à la fois hédonistes et mélancoliques.
Blessés, solitaires, mutiques, volubiles, ils sont toujours en alerte, mus par une énergie insoupçonnée, l'énergie de la dernière chance.
Enfants rêveurs, adolescents inquiets, adultes menteurs ou éperdus d'innocence, rendus "plus forts par ce qui ne les a jamais tués", ils chutent pour mieux se relever. Ils ont le sens de la résistance, brûlent pour mieux renaître.
Les êtres de chair et de sang imaginés par Odoul ont des reflets mythologiques. Le champ des possibles est immense pour eux, ils attendent leur heure, bonne ou mauvaise, avec sagesse ou impatience. Ce sont les derniers burlesques, jouant leur vie comme on joue de son corps, avec le sentiment aigu de ne rien devoir à personne, se jetant à corps perdu dans l'aventure de la vie, privilégiant l'intensité du moment.
Ces personnages rares et bouleversants, qui font intimement partie de lui, Damien Odoul les filme avec énergie, précision, audace. Son cinéma, hanté de visions sensibles et lyriques, bouleverse car il permet la renaissance de notre regard de spectateur. Grâce à lui, nous réapprenons à voir la beauté d'un rayon de soleil sur la peau blanche d'une jeune femme ou l'intensité d'un visage qui s'éveille et se tend, à sentir la respiration d'un ciel qui attend l'orage, à savourer le timbre d'une voix.
Le cinéma de Damien Odoul nous réapprend à voir dans un monde saturé d'images. Il est fait d'intelligence et d'intuition, composé des sensations poétiques retrouvées de notre enfance. C'est un cinéma de l'emporte-pièce, sans fioritures, allant immédiatement à l'essentiel - un cinéma en prise de risque permanent, qui aime les contrastes, parlant sans cesse de la mort comme on parle de la vie."


"Je suis celui qui a vu, je pars vers les ténèbres et je n'ai plus peur" (in L'Histoire de Richard O)




Le site de Damien Odoul



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MICROSTORIES # 7




JEUDI 13 JUIN 2013
21H
CINÉMA UTOPIA
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6 € ou ticket d'abonnement


Séance présentée par Bertrand Grimault,
dans le cadre du Festival Kinopolska





SAILOR
de Norman Leto
(Pologne / 2010 / 35mm transféré en vidéo / couleur / vost anglais & français / 1h41)
avec l'aimable autorisation de la Galerie Kolonie, Varsovie



C'est à une odyssée déroutante que nous convie SAILOR, entre microcosme cellulaire, immensité de la toile internet et étendues glacées du Groenland. Norman Leto est un plasticien reconnu en Pologne, où il a également publié un roman dont ce film est l'adaptation. L'artiste revêt ici l'habit de l'apprenti sorcier narcissique et manipulateur, marin névrosé naviguant dans les eaux troubles d'une fiction pseudo-scientifique.
Sa vertigineuse mission le voit se projeter sur le vivant au travers de courbes, graphiques, statistiques glacées et représentations 3D tour à tour fascinantes et grotesques, afin d'illustrer le caractère soit-disant inéluctable de nos sentiments et de nos destinées. Il ne s'agit rien de moins que de mettre la condition humaine en éprouvette, de la passer au crible de logiciels.


La grande originalité de cette œuvre expérimentale à l'humour grinçant repose sur la visualisation de "formes de vie", portraits d'individus célèbres ou inconnus (Geraldine Chaplin, Staline, un enfant dans le coma, un criminel, une ménagère...), non pas en terme de ressemblance physique mais comme synthèse du vêcu, des traits de caractère et du parcours social, un conglomérat de données modélisées en pâles ectoplasmes flottant dans l'espace virtuel inventé ici par l'artiste-cinéaste. Pour dépasser la routine quotidienne et les relations qui se fanent ("l'entropie"), Leto applique à sa propre personne et à sa compagne ses théories délirantes, disséquant leur relation amoureuse comme une souris de laboratoire...


Frankenstein de l'ère numérique, SAILOR est un film de recherche unique en son genre qui nous tend un bien étrange miroir aux bords coupants, où notre reflet est nu.





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