JEUDI 25 MAI 2017 - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarifs : 6,50€/4,80€

L'AU-DELÀ
(… E tu vivrai nel terrore ! L’aldilà)
Un film de Lucio Fulci

Italie, 1981, 1h27, VOSTF
Avec Catriona MacColl, David Warbeck, Cinzia Monreale…

Interdit aux moins de 16 ans

Lizza Merril, une jeune new-yorkaise, hérite d’un hôtel en Louisiane. Alors qu’elle y entreprend des travaux de rénovation, des phénomènes surnaturels et terrifiants se produisent. Elle apprend alors que la bâtisse a été construite sur une des sept portes de l’Enfer…

Après Le Venin de la Peur, Giallo atypique projeté l’an passé à Utopia, LUNE NOIRE convoque de nouveau Lucio Fulci pour la projection de la version restaurée de son « chef d’œuvre » : L’Au-Delà.

Retournons en 1978, année de la déflagration Zombie de George Romero, suite de La Nuit des Morts Vivants tournée dix ans plus tôt et pierre angulaire du cinéma d’horreur. Toujours fermement convaincu de la puissance métaphorique du genre, Romero creuse le sillon politique de son cinéma, projette son groupe d’humains dans un gigantesque centre-commercial américain encerclé par une masse de morts-vivants affamés, regroupés sur ce site par atavisme. Sa réflexion sur la société de consommation prend alors la forme d’un film d’action, à l’esprit comics et à la violence gore totalement débridée. Produit et remonté en Europe par Dario Argento, le film est un carton et lance les producteurs italiens sur le filon juteux des zombies et de l’horreur ultra-graphique. Ils commandent un scénario à Dardano Sachetti et embauchent Fulci pour le mettre en scène. A l’époque, ce dernier est au creux de la vague après avoir touché à tous les genres populaires depuis vingt ans : comédie, drame historique, Giallo, Western, films érotiques…

De cette commande purement mercantile, initiée dans le seul but de capitaliser rapidement sur un succès du moment va pourtant surgir un de ces miracles industriels dont le cinéma d’exploitation a le secret : la révélation du talent extraordinaire de Fulci. A la vision politique de Romero, ce dernier oppose la sienne, directement inspirée du Théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, et fait de ses zombies une masse d’êtres indistincts toujours grossissante, transformant une île caribéenne en antichambre de l’enfer. L’enfer des Zombies (ou Zombie 2), premier segment d’une soi-disant « Trilogie de l’Enfer » est un succès et Fulci intronisé nouveau « maître du gore ». S’ensuit Frayeurs, nouveau cauchemar filmé fortement inspiré de Lovecraft et dont la violence dépasse allégrement tout ce qui a été vu sur un écran. Mais c’est également l’occasion pour Fulci de parfaire son « style » : se défaire d’un script qu’il méprise pour se concentrer sur de véritables tableaux horrifiques, projections de ses visions les plus atroces. Délaisser le sens pour sidérer le spectateur d’assauts graphiques terribles où, paradoxalement, l’ignoble devient
« beau ».

Après Frayeurs vient donc L’Au-Delà, et s’il est considéré comme l’œuvre-maîtresse de Fulci, c’est bien parce que c’est le film où ce style se trouve pleinement réalisé : « un langage à partir de signes, de cris, et non de mots : une pression directe sur les sens » pour citer le « maître » Artaud. Un « film absolu » d’après son auteur. De fait, de l’inconséquence narrative d’un scénario écrit en cinq jours par Sachetti, Fulci extrait une puissance surréaliste sidérante, le film devenant une suite de séquences cauchemardesques dilatées à l’extrême pour accoucher in fine d’une véritable « poésie de l’horreur ».

— Mathieu Mégemont

Retrouvez Lune Noire sur www.lunenoire.org et sur Facebook

________________________________________________________________________________________

Un événement proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia et Radio Nova Bordeaux.
Monoquini bénéficie du soutien de la Ville de Bordeaux.
_________________________________________________________________________________________