DÉSORDRE / 5
MARDI 29 MAI — 20H

Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian
Bordeaux

Tarif : 7€ ou ticket d'abonnement Utopia

LES AMANTS RÉGULIERS
Un film de Philippe Garrel

France, 2004, n&b, 3h03
Musique de Jean-Claude Vannier
Avec Louis Garrel, Clotilde Hesme, Maurice Garrel, Marc Barbé…

Lion d’Argent, Festival de Venise 2005
Prix Louis Delluc – Meilleur film français, 2005

Projection 35mm

Paris, Mai 68. François, un poète de 20 ans qui tente d’échapper au service militaire, rencontre Lilie sur les barricades, durant les émeutes dans le Quartier Latin.
À la suite de l’échec de l'insurrection, ils engagent une relation amoureuse et se joignent à une communauté de jeunes gens dans la demeure d’un héritier opiomane. Dans un noir et blanc crépusculaire (magnifique lumière signée William Lubtchansky), Philippe Garrel, témoin de ces événements qui ont hanté sa production cinématographique depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui, dépeint la dérive amoureuse et le désengagement politique de jeunes idéalistes gagnés par la perte des illusions.

« LES AMANTS RÉGULIERS impressionne d’abord par son ambition sans pareille dans le cinéma français contemporain. Prendre en écharpe Mai 68 et les espoirs déçus qui ont suivi et ajouter à ce portrait générationnel l’histoire matricielle, toujours unique, de la naissance de l’amour. Lier ensemble révolution politique et révolution intime, les révolutionnaires d’une nuit et les amants réguliers. Pareille ambition exigeait une forme ample (trois heures) et une césure inaugurale (68 puis 69), opposant la condensation du mois de mai en une nuit épique au quotidien intemporel d’une bande de rêveurs qui transforment avec élégance l’opium en amour et l’amour en opium.
68 : deux casques blancs recouvrant des tignasses sombres s’agitent dans la nuit. Les motards de Cocteau, nouveaux Orphées, jettent désormais des pavés au milieu des ruines. François (Louis Garrel), la main bandée, fait l’expérience inaugurale de ce qu’un autre film de Garrel avait formulé avec force : « Liberté, la nuit ». Autour, Paris est réduit à néant, ni Quartier Latin ni Boul’ Mich, juste des panneaux couchés au sol et des pavés amassés dans un grand terrain vague. Singularisé en une nuit, Mai s’anoblit en événement mythique ; au petit matin, tout sera fini. Les enfants rentrent chez eux, comme après l’école, et racontent l’aventure à leur mère. LES AMANTS RÉGULIERS ne sombre pas dans la nostalgie édifiante mais accorde une place parfois drôle à l’insouciance de ces jeunes gens très sérieux : les étudiants naïfs s’étonnent de la charge des CRS, certains rêvent d’une révolution sans victime.

69 : les irréductibles n’ont pas tourné leur veste. Une scène de boite de nuit convertit le chaos de la rue en chorégraphie sur les paroles de « Next time tomorrow/Where will we be ? » (…) Le titre laisse attendre un film sur le couple, sujet que Garrel a maintes fois mis en scène. Et surprise, l’équilibre délicat ne sacrifie pas le couple au groupe, bien au contraire : de la vie des amants Lilie et François, Garrel filme des balades nocturnes nappées de la musique de Jean-Claude Vannier, comme si de ces deux-là, il n’y avait pas grand-chose à dire. C’est que le cœur de ce diptyque générationnel est peut-être ailleurs : dans la solitude qui retranche chaque homme dans son corps, quelle que soit la communauté (des amants, des amis) qui l’accueille. (…) Par un système de poupées russes, le film passe du groupe au couple, du couple à la solitude. D’un portrait historique précieux à un aveu existentiel. »

(Stéphane Delorme, Cahiers du Cinéma n°605, Octobre 2005).

Un cycle proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia.
Remerciements : Lucie Daniel, AdVitam.