DÉSORDRE / 9

MARDI 27 NOVEMBRE 2018
carte blanche à la Cinémathèque de Toulouse

— DEUX SÉANCES :

— 12h30
Dans le cadre du Mois du film documentaire
en partenariat avec la Bibliothèque de Bordeaux

Bibliothèque Mériadeck
85, Cours du Maréchal Juin — Bordeaux
Entrée libre


© La Cinémathèque de Toulouse

Dans le cadre du Mois du film documentaire, projection d'une sélection de films du Groupe des cinéastes indépendants de Toulouse et de La société est une fleur carnivore, film collectif dénonçant les brutalités policières durant Mai 68, réalisé par des étudiants et produit par la CFDT, avec un commentaire de Claude Roy dit par Jean-Louis Trintignant.

En contrepoint aux actualités officielles qui ont couvert les émeutes en Mai 68, nombre de films ont été tournés avec des moyens improvisés, en 16mm, par des cinéastes, des techniciens et des étudiants, et voués à être diffusés le plus largement possible. Les ciné-tracts, réalisés au banc-titre, en sont l’expression la plus immédiate. Ils livrent un point de vue brulant sur les événements, accompagnés d’un commentaire politique radical. Pour sa part, le Groupe des cinéastes indépendants de Toulouse pratique la critique et le détournement dans l’esprit subversif de l’Internationale Situationniste.

Au programme :
Ciné-Tract n° 14 : Les forces de l'ordre ont toujours des liens de sang avec le désordre sexuel (1968)
Ciné-Tract n° 27(1968)
Ciné-Tract n° 30 (1968)
Adieu Brigitte, Louis Chevalier (1970, 20 min.)
L'école est finie, Jules Celma (1972, 6min.)

Séance présentée par Francesca Bozzano, Directrice adjointe des collections de La Cinémathèque de Toulouse


Adieu Brigitte de Louis Chevalier © La Cinémathèque de Toulouse


— 20h15
Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian
Bordeaux

Tarifs : 7€ ou ticket d'abonnement Utopia

KASHIMA PARADISE
Un film de Yann Le Masson & Bénie Deswarte
France, 1973, n&b, 1h46

Festival de Cannes (Semaine de la Critique Internationale)
Prix Georges Sadoul
Nominé pour l’Oscar à Hollywood, 1974.

« Référence du cinéma militant, Kashima Paradise suit et ausculte les rapports de force qui opposent les paysans japonais aux grands groupes industriels. C’est le portrait sociologique d’une nation au début des années 1970, brossé par une brillante sociologue, Bénie Deswarte, et un cameraman d’exception, Yann Le Masson, véritable légende du cinéma direct. Le film, montrant le long conflit autour des expropriations des terres pour la construction d’un aéroport à Kashima et Narita, témoigne comme aucun autre de la fureur du monde.
Les réalisateurs de Kashima Paradise s’étaient rencontrés à Paris au cours des événements de Mai 68. Bénie était inscrite en sociologie dans la plus prestigieuse université du Japon et parlait couramment japonais ; Yann la rejoint au Japon le 1er janvier 1970, équipé d’une caméra Éclair 16 mm d’occasion, d’un magnétophone léger (avec lequel il initie Bénie à la prise de son), un billet aller-retour Paris-Tokyo et un peu d’argent pour acheter au Japon de la pellicule noir et blanc.
Ils s’installent dans le village de Takei auprès d’une famille de paysans et commencent à filmer une région en train de passer en l’espace de quelques années de l’agriculture quasi-médiévale à la surréalité industrielle, avec la construction d’un énorme complexe pétrochimique, le plus grand port artificiel du monde, le plus grand combinat du Japon.

Petit à petit une forte complicité surgit entre les habitants et le couple, grâce surtout aux projections des rushes qui sont organisées régulièrement. Les villageois vont à ces séances d’abord pour se voir eux-mêmes sur l’écran, puis pour comprendre pourquoi Yann les filme et pourquoi Bénie enregistre leurs paroles.
Informés par les habitants à propos de ce qui se passe dans la région, les deux français décident de s’installer quelques semaines à Narita, entre Kashima et Tokyo, chez des paysans en lutte contre la réquisition de leurs terres, en bordure du chantier de construction du futur aéroport que les autorités japonaises ont décidé de construire sur des terres agricoles très fertiles. Les paysans se sont révoltés et refusent de vendre leurs parcelles, des milliers d’étudiants viennent les soutenir et leur prêter main forte. Ensemble ils affrontent - durant des mois - les troupes de gardes mobiles casqués, armés de matraques et de boucliers géants, envoyés pour les expulser.

Au cours de véritables batailles entre les CRS japonais d’un côté et les paysans et les étudiants de l’autre, Bénie assure la prise de son en se plaçant si possible hors violences tandis que Yann entre dans la mêlée caméra au poing. Ses images, inoubliables, rappellent celles des chevaliers teutoniques dans Alexandre Nevsky, le chef d’œuvre d’Eisenstein. Les affrontements entre policiers et paysans sont filmés comme s’il s’agissait d’une guerre entre rônins et samouraïs.

Près de vingt heures de rushes sont ramenés en France fin 1971. Le montage de Kashima Paradise se termine fin 1972. Il en résulte un indispensable geste documentaire, magnifié par le commentaire écrit par Chris Marker et lu par le cinéaste Georges Rouquier. »

— Francesca Bozzano

Séance présentée par Francesca Bozzano,
Directrice adjointe des collections de La Cinémathèque de Toulouse

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Un événement réalisé en partenariat avec la Bibliothèque de Bordeaux, la Cinémathèque de Toulouse et le Cinéma Utopia.
Merci à Francesca Bozzano, Alix Quezel-Crasaz et Vincent Spillmann (Cinémathèque de Toulouse), Manuel Lo Cascio, Naig Lyver et Roland Lanoë (Bibliothèque de Bordeaux).
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