DÉSORDRE / 7
MARDI 11 SEPTEMBRE — 20H15

Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian
Bordeaux

Tarif pour cette séance: 4€

PAUL
Un film de Diourka Medveczky
France, 1969, n&b, 1h30
Avec Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafont, Jean-Pierre Kalfon

Paul, un jeune homme de bonne famille, rompt avec son milieu bourgeois et part sur la route. Après un passage chez une tante fantasque, puis chez un cousin qui s'adonne à la drogue et une expérience expéditive comme ouvrier agricole, il rencontre une communauté végétarienne fuyant la société. Il est accueilli par les pèlerins jusqu'au jour où leur chef trahit les préceptes qu'il inculque. Paul part alors avec Marianne, la femme de celui-ci. Ils s'installent tous deux sur une île déserte, mais un escadron d'entrepreneurs et de cadres débarquent.

« Qui est Diourka Medveczky, dont le nom est tombé dans l’oubli aussi vite qu’il était apparu dans le septième art ? D’origine hongroise, Medveczky fuit son pays à dix-huit ans après la Seconde Guerre pour s’installer en France et y étudier la peinture. Mais c’est la sculpture qui lui tend les bras et, de rencontres en ateliers, de petits boulots en galeries parisiennes, il reçoit le Grand Prix du salon de la jeune sculpture, avant de dévier vers un autre art, qu’il dit « plastique » et « monumental » : le cinéma. À cette époque, Bernadette Lafont entre dans sa vie ; elle deviendra son épouse, la mère de ses trois enfants (dont l’actrice Pauline Lafont), l’actrice principale de MARIE ET LE CURÉ, premier court-métrage réalisé en 1967 (un second est réalisé en 1969, JEANNE ET LA MOTO), et de Paul, son unique long, tourné deux ans plus tard mais jamais sorti en salles. Pourtant, les critiques qui l’accueillent en festival sont alors dithyrambiques : « film unique » malgré ses imperfections, un « chef-d’œuvre », d’une « sincérité déchirante », plein de fulgurances et de grave cocasserie. Après cette injustice de la distribution, Medveczky mettra un terme définitif à sa carrière cinématographique et se retirera de la vie sociale en 1972.

Son cinéma est pourtant d’une originalité impressionnante. Certes, ses films s’inscrivent pleinement dans le bouleversement moderne du cinéma de l’époque. Medveczky va chercher ses visages dans la Nouvelle Vague, confrontant dans PAUL celui de sa belle à l’indispensable Jean-Pierre Léaud et l’incontournable Jean-Pierre Kalfon. Son engagement poético-politique, dont l’étrangeté est encore plus radicale que celle d’un Godard post-68, évoque les nouvelles vagues de l’Europe de l’Est. Son humour cruel rappelle celui de Polanski ou Skolimowski. Le jeu antinaturaliste de ses acteurs et la rigueur de son cadre le renvoient à Bresson, quand la sensualité morbide et le surréalisme de ses images n’est pas sans faire songer à Buñuel, dont le cinéaste hongrois ne refuse aucunement la parenté.
De terre et d’eau. De fougère et de chair. De nuages et de pierre. C’est là, dans cette présence rare et puissante de la matière qu’explose la singularité du cinéma de Diourka. Chaque plan vient caresser les yeux, tel un poème tactile, grâce au traitement contrasté de la lumière par lequel l’éclat des blancs et la profondeur des noirs fait exploser les intenses nuances de gris. Medveczky a recourt au langage cinématographique comme un sculpteur, transformant ses scènes en bas-reliefs.

La mort, toujours, vient conclure ces films primitifs et plastiques qui portent sur la société moderne un regard aussi atroce que burlesque. Car derrière leur loufoquerie poétique, l’humour (noir) interroge le malaise d’une jeunesse en perte d’idéaux et l’absurdité du monde. »
(D’après Estelle Bayon)

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— Nous apprenons avec tristesse en ce mois de novembre la disparition de Diourka Medveczki le 26 septembre 2018 à l'âge de 88 ans. Nous saluons rétrospectivement sa mémoire avec cette séance-hommage. Diourka nous laisse une œuvre magnifique, et les portraits qu'en ont fait André S. Labarthe et Jean-Baptiste Alazard nous le garderont vivant, avec sa folie douce, sa lumière, sa bonté, sa beauté.