DÉSORDRE / 4
MARDI 3 AVRIL — 20H15

Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian
Bordeaux

JE, TU, ELLES
Un film de Peter Foldès

France, 1969-72, couleur, 1h20
Musique de Bernard Parmegiani avec Robert Cohen-Solal et Daevid Allen & Gong.
Avec Denise Glaser, Francis Blanche, Henri Piegay, Jacqueline Coué, Anémone, Bernadette Lafont, Juliet Berto, Margareth Clémenti...

Un directeur de galerie d’art contemporain (Francis Blanche dans un de ses rôles les plus excentriques), interviewé par une célèbre journaliste de la télévision (la sublime Denise Glazer en robe lamée), évoque l’histoire de Valery, un peintre conceptuel qu’il a découvert et qui s’est littéralement noyé dans ses propres fantasmes.

Produit par le Service de la Recherche de l’ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française), JE TU ELLES est un bijou inclassable aux accents psychédéliques. Il nous ramène en un temps où la télévision n’était pas qu’un meuble idiot mais parfois un terrain exceptionnel d’expérimentation et de création. Sous l’impulsion de téméraires directeurs de programmes, la rencontre de plasticiens et d'ingénieurs voyait émerger la vidéo en tant qu'expression artistique. Jean-Christophe Averty et Max Debrenne expérimentaient alors en pionniers les effets graphiques sur des images de télévision, dans le cadre des émissions de variétés "Histoire de sourire" et "Les Raisins verts" de la première chaîne française.
Peter Foldès s’inscrit dans cette famille de bricoleurs innovateurs. Peintre, dessinateur et cinéaste d’origine Hongroise, il est une figure héroïque mais aujourd’hui bien oubliée du cinéma d'animation. Il est le premier, en 1964, à réaliser avec les outils vidéo balbutiants un court film d'animation graphique en couleur. De même, METADATA, qu'il réalise en 1971, est le tout premier film d'animation figuratif résultant de la combinaison d'un synthétiseur d'images et d'un ordinateur, suivi de LA FAIM, récompensé à Cannes en 1974. Il développera cette technique mixte jusqu'à sa disparition précoce en 1977.

Après des débuts à Londres, Foldès s’installe à Paris au début des années 60 et rejoint le Service de la Recherche de l'ORTF sous la direction de Pierre Schaeffer, le père de la musique concrète. En 1968, à l'instar du GRM (Groupe de Recherche Musicale), est créé le GRI (Groupe de Recherche Image) où Francis Coupigny met au point le "truqueur universel" que Martial Raysse, Peter Foldès et Jean-Paul Cassagnac utiliseront pour des essais de colorisation de la vidéo à partir d'images en noir et blanc. Les échanges entre GRM et GRI furent fertiles. Citons Piotr Kamler, animateur majeur dont les courts métrages furent accompagnés de compositions électroacoustiques originales de François Bayle ou Bernard Parmegiani.
Les films expérimentaux réalisés par Peter Foldès à la fin des années 60, rare manifestation d'une sensibilité psychédélique en France à cette époque, sont d'autant plus étonnants qu’un grand nombre a été réalisé dans le cadre du service public de l'ORTF. Il se fit également connaître du grand public en réalisant des spots publicitaires (son clip animé pour Bahlsen fut fameux en son temps), et en dessinant les aventures acidulées de "Lucy" dans le journal Pilote, qui ne connurent malheureusement pas de postérité.

JE TU ELLES, l’unique long métrage de Foldès, est un film d’une grande rareté, inédit en salle et n’ayant fait l’objet que de quelques diffusions télévisuelles au début des années 70. C’est un véritable terrain de jeu pour l’artiste-cinéaste qui donne libre cours à son imagination au travers de situations symboliques et de flashbacks délirants, mêlant ses acteurs à des séquences animées et des traitements vidéo avec une extraordinaire virtuosité. Accompagnée d’un formidable casting, ponctuée d’un humour caustique, cette fresque célébrant le Pop art et les voyages intérieurs qui rappelle par moment le flamboyant BELLADONNA (1973) de Eiichi Yamamoto, nous ramène à une époque d’invention et de liberté à la fois formelle et narrative, avec une bande originale qui ravira les amateurs d’expérimentation musicale.

Film précédé de

GIRAGLIA
Thierry Vincens

France, 1968, n&b, 5 min.30
Projection 35mm

GIRAGLIA a été réalisé en 1968, sur des extraits des Jerks de Pierre Henry composés pour le ballet de Maurice Béjart, Messe pour le temps présent, créé l'année précédente au Festival d'Avignon. En 1963, Maurice Fleuret pouvait écrire: «Les projections cinématographiques de Thierry Vincens sont plus qu'un somptueux numéro de cinéma abstrait, plus qu'une illustration visuelle d'un monde intérieur dont la musique nous transmet l'écho, elles déterminent véritablement avec l'univers sonore une synthèse lyrique dont la force de persuasion est unique dans l'histoire de l'art nouveau.»

Un cycle proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia.
Remerciements : Les Films du Jeudi, Frédérique Ros, Light Cone.