DÉSORDRE
— échos de Mai 68 au cinéma

DÉSORDRE / 3
MARDI 13 MARS — 20H15

LES PETITES MARGUERITES
(Sedmikrásky)
Un film de Vera Chytilova

Tchécoslovaquie, 1966, couleur et n&b, 1h16, VOSTF
Avec Ivana Karbanova, Jitka Cerhova

Deux jeunes filles, prénommées Marie 1 et Marie 2, vivent selon leur fantaisie : elles se font inviter à déjeuner par de vieux messieurs qu’elles congédient, se promènent quasi nues quand elles ne s’habillent pas de façon extravagante, volent,
détruisent, ne cessent de manger, ou plutôt de se goinfrer de façon répugnante.

Véritable feu d’artifice cinématographique, LES PETITES MARGUERITES se présente comme un remarquable tour de force : trucages, jeux de couleurs, jaillissement ininterrompu d’images élaborées jusqu’à la préciosité, montage choc, illustrant la formidable inventivité de la nouvelle vague Tchèque et plus généralement du cinéma des pays de l’Est en cette fin des années 60, où l’on détecte l’influence de Godard, du cinéma expérimental américain et du pop art.
L’éclat particulier du film de Chytilova, figure flamboyante du Printemps de Prague et du mouvement féministe naissant, découle de l’anticonformisme virulent d’un scénario très délié basé sur une surenchère galopante de mauvais sentiments. Si les affreuses et affriolantes héroïnes méprisent toute convention sociale, c’est que rien n’est respectable : «Puisque la dépravation est partout, nous serons dépravées aussi».
On conçoit que le film ait été fraichement accueilli par les autorités tchèques dans la mesure où il traduit une mise à mal de la conscience révolutionnaire au sein d’une société qui accède à la consommation.

Le film, dans sa verdeur et son insolence intactes, est dédié à ceux qui ne s’indignent que pour des salades piétinées.

Film précédé de

UN MISANTHROPE
Gérard Pirès

France, 1966, n&b, 5 min.
Projection 35mm

Un homme rendu fou par la vie dans les grands ensembles élimine méthodiquement ses voisins pour avoir la paix. Une pochade bête et méchante à l’humour détonnant.