CINÉ16

Samedi 24 octobre 2020 — 16h
Bibliothèque Mériadeck
85 Cours du Maréchal Juin
Bordeaux
Entrée libre et gratuite

— À l’ère des écrans individuels et du (presque) tout numérique, Ciné16 propose, en partenariat avec la Bibliothèque Mériadeck, un retour aux sources du cinéma : une découverte collective d’œuvres sur pellicule. Présent essentiellement dans les ciné-clubs, le support 16mm fut longtemps un mode privilégié de diffusion cinématographique et constitue aujourd’hui un patrimoine audiovisuel d’une grande richesse. Films rares, projecteur et opérateur en fond de salle, renouant avec un certain rapport sensible au cinéma : venez découvrir les trésors de la cinémathèque Monoquini ! L’argentique, c’est fantastique !

DAVID & LISA

Un film de Frank Perry
États-Unis / 1962 / n&b / 1h33 / vo surtitrée français
Scénario : Eleanor Perry, d'après une nouvelle de Theodore Isaac Rubin
Avec Keir Dullea, Janet Margolin, Howard Da Silva…

Prix de la Première œuvre, Mostra de Venise, 1962

— David, jeune homme de bonne famille, est accueilli dans un centre psychiatrique pour mineurs, où ses parents espèrent le voir guérir de sa peur maladive du contact physique, car il est persuadé que le moindre toucher est mortel. Intelligent et cynique, il va progressivement prendre conscience de sa psychose auprès des autres résidents, de leurs problèmes mentaux et émotionnels. Sa rencontre avec Lisa, une adolescente schizophrène, va bouleverser son rapport au monde.

Le premier film de Frank Perry (réalisateur qu’on connaît surtout pour The Swimmer, de 1968) marque une date dans l’histoire du cinéma américain : l'intrusion des indépendants dans le système hollywoodien, et le succès commercial d'un film entièrement conçu hors des normes. Perry, associé à son épouse Eleanor, s'attache d’emblée à raconter l'histoire d’individus en marge, psychologiquement instables, une thématique que ses films suivants creuseront.

1962, c’est l’année où Arthur Penn réalise Miracle en Alabama (The Miracle Worker), inspiré de l’histoire véridique d’Helen Keller, enfant déficiente mentale, sourde, muette et aveugle, laissée à une sorte de sauvagerie, qu’une éducatrice, elle-même invalide mais déterminée, va s’évertuer à « civiliser ». L’année suivante, sort Un enfant attend (A Child is Waiting), le troisième long métrage de John Cassavettes, mettant aux prises au sein d’une clinique spécialisée le Docteur Clark interprété par Burt Lancaster à une musicothérapeute jouée par Judy Garland qui s’attache à un petit garçon autiste. Avec David & Lisa, s’exprime donc dans le cinéma américain de l’époque une attention particulière aux questions de l’enfance inadaptée ou en souffrance et des méthodes d’éducation révolutionnaires, où une voie est offerte aux laissés pour compte du « rêve américain ».

Sans nul doute, le film de Frank Perry, porté par l’interprétation impressionnante de Keir Dullea (futur astronaute de 2001, L’Odyssée de l’Espace) et surtout de Janet Margolin, s’inscrit dans ce sillon progressiste, sans pathos et avec une grande sensibilité.

"J'ai été très impressionné par David & Lisa. J'ai l'impression que ce film représente un tournant dans l'histoire du cinéma, non seulement dans celle du cinéma américain, mais dans l'histoire du cinéma tout court. J'ai l'impression qu'il y a là une façon d'écrire les dialogues, et de les faire dire aux acteurs, qui permet de connaitre ce qui se passe à l'intérieur de ces acteurs d'une façon un peu plus précise. Notre métier, après tout, dans le cinéma comme dans tous les arts, c'est d'essayer d'enlever cette espèce de "voile", de rideau qui est entre le spectateur et le sujet, l'être humain que l'on présente sur l'écran, celui-ci étant finalement l'auteur lui-même; et je crois que dans David & Lisa, par l'intermédiaire d'acteurs extrêmement émouvants et d'une très grande qualité, on arrive à un certain contact avec l'auteur — ce qui est en somme l'essentiel de l'art."

— Jean Renoir, Propos rompus, in Cahiers du Cinéma n°155, Mai 1964.

Film annonce

MERCI NOVA !

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Remerciements : Stéphane Derderian / Liliom Audiovisuel, Éric Rublon / VDM.