Cette page est une archive réunissant à rebours les séances mensuelles LUNE NOIRE de janvier à décembre 2016.
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JEUDI 29 DÉCEMBRE 2016 - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux

L'ENFANT MIROIR
(The Reflecting Skin)
Un film de Philip Ridley

GB/Canada, 1990, couleur, 1h36, VOSTF
Avec Viggo Mortensen, Lindsay Duncan, Jeremy Cooper, Sheila Moore, Duncan Fraser, Robert Koons...

Sélectionné à la Semaine de la critique, Cannes
Léopard d'Argent, Locarno

Idaho, début des années 50. Sous un ciel immense, des champs à perte de vue, quadrillés de routes le plus souvent désertes, au bord desquelles se dressent quelques rares bâtisses.
Il y a là une station service délabrée où vivent le jeune Seth Dove et ses parents - une mère acariâtre et abusive, obsédée par l'odeur entêtante d'essence qui semble tout imprégner, un père mutique au passé trouble, se réfugiant dans la lecture de romans d'épouvante bon marché qu'il raconte parfois à son fils. Dans cet environnement isolé, écrasé par le poids des névroses et de l'ennui puritain, ces récits sont propices à nourrir une fantasmagorie cauchemardesque dans l'imagination fertile d'un garçon de 7 ans.
Ainsi à ses yeux, Dolphin Blue (interprétée par la diaphane Lindsay Duncan), la femme vêtue de noir qui habite à quelques arpents, veuve vivant dans le souvenir de son époux suicidé dont elle conserve des fragments dans une boite, devient-elle aussitôt l'incarnation d'un vampire.
Quand Cameron, le frère adulé (campé par un tout jeune Viggo Mortensen), vétéran de la guerre du Pacifique où il a assisté au cataclysme d'Hiroshima, rentre auprès des siens, la relation qu'il noue avec Dolphin cristallise la peur et la haine de Seth à l'égard de la créature chimérique, au moment même où ses camarades de jeu sont retrouvés assassinés les uns après les autres...

Lindsay Duncan (Dolphin Blue)

Le premier film du britannique Philip Ridley, un peintre de formation dont l'influence des toiles d'Edward Hopper et surtout d'Andrew Wyeth dans la compositions de ses plans est ici manifeste, est totalement imprégné de l'imaginaire gothique américain - un monde violent peuplé des superstitions et des angoisses de l'Amérique profonde, où toute rationalité s'effondre dès lors qu'une petite communauté rurale devient le terrain de l'affrontement symbolique du Bien et du Mal.

Œuvre inclassable à la lisière du fantastique, L'ENFANT MIROIR est un cauchemar en pleine lumière à l'étonnante beauté où se profile par instant l'ombre de LA NUIT DU CHASSEUR, un conte macabre et pervers vécu au travers des yeux d'un enfant, qui à trop croire de vaines apparences et à taire l'évidence, y perdra douloureusement son innocence.
(Bertrand Grimault)

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MARDI 29 NOVEMBRE 2016 - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif habituel Utopia

REQUIEM POUR UN MASSACRE
(Idi i Smotri)
Un film de Elem Klivov

URSS, 1985, couleur, 2h17, VOSTF
Avec Alexeï Kravtchenko, Olga Mironova, Liubomiras Laucevicius, Vladas Bagdonas, Victor Lorenz...

Projection 35 mm – Copie issue des collections de la Cinémathèque de Toulouse

Biélorussie, Seconde Guerre Mondiale. Après avoir trouvé un vieux fusil, Florya, un jeune garçon, décide de s’engager aux côtés des partisans pour combattre l’oppresseur nazi. Il ne se doute pas que le chemin qu’il emprunte le fera passer, de plus en plus brutalement, de la félicité de l’enfance à l’horreur du monde adulte.

REQUIEM POUR UN MASSACRE fait partie de ces quelques rares œuvres dont on se demande encore, abasourdis, comment elles ont pu passer sous les radars de la reconnaissance cinéphilique. Comble de l’ironie : au lieu d’être loué à sa juste valeur, ce film hors-norme agonisa plutôt sous l’infamante étiquette de « Nazisploitation » accolée par quelques éditeurs vidéo peu regardants. Chef-d’œuvre instantané, éblouissant de maîtrise narrative et technique, on le nommerait pourtant, en accord avec J.G. Ballard, comme le « plus grand film de guerre » jamais réalisé que ça ne nous choquerait pas. Présenté à Cannes l’année de sa sortie, la critique goûta peu sa brutalité sans fard, son traitement épique voire élégiaque des horreurs infinies du second conflit mondial. C’est qu’il est malaisé d’être pris à témoin de ce dont l’homme, dans des circonstances historiques précises, est capable de faire ou d’endurer. C’est pourtant dans son titre original, Viens et vois, tiré du Livre de l’Apocalypse, que réside la clé de ce véritable « voyage au bout de l’enfer », où protagoniste et spectateur fusionnent pour une plongée viscérale et mentale de plus en plus hallucinatoire, une odyssée de boue et de sang ponctuée de tirs d’obus et de massacres collectifs traçant les étapes constitutives d’un récit d’initiation implacablement soumis au pire.


Le jeune acteur Alexeï Kravtchenko (photo de tournage)

Elem Klimov, qui travailla sur ce projet durant près de dix ans et ne tournera plus rien ensuite, dirigea son jeune acteur (devenu depuis une des stars du cinéma d’action russe) sous hypnose afin de le préserver psychologiquement des horreurs qu’il lui faisait tourner. Il n’en va pas de même pour le spectateur, qui sort de la projection les sens altérés par la déflagration de ce film-monstre, dont la vision laisse des marques indélébiles. Imaginez la rencontre entre la puissance de feu d’APOCALYPSE NOW et la métaphysique de L’ENFANCE D'IVAN de Tarkovsky et vous n’aurez qu’une mince idée de ce que ce film unique vous réserve.
(Mathieu Mégemont)

Séance présentée par Frédéric Thibaut, co-programmateur du festival Extrême Cinéma organisé par la Cinémathèque de Toulouse.

En présence de Vladimir Kozlov, assistant-réalisateur sur le tournage du film.

Elem Klimov (avec le porte-voix) sur le tournage. Vladimir Kozlov est à gauche. © Vladimir Kozlov.

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Un événement proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia, la Cinémathèque de Toulouse, Radio Nova Sauvagine et BDXC. Remerciements à Vladimir Kozlov, Sergey Simagin (Mosfilm, Moscou), Frédéric Thibaut, Franck Lubet, Ariana Turci et Alix Quezel-Crasaz (Cinémathèque de Toulouse).

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DIMANCHE 30 OCTOBRE 2016 - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux

SATAN À L'ÉCRAN : CARTE BLANCHE À LA REVUE TRASH TIMES
À L'OCCASION DE LA PARUTION DE SON NOUVEAU NUMÉRO


L'affiche italienne de The Devil's Rain

LA PLUIE DU DIABLE
(THE DEVIL'S RAIN)
Un film de Robert Fuest

États-Unis, 1975, couleur, 1h26, VOSTF
Avec Ernest Borgnine, William Shatner, Tom Skerritt, Ida Lupino, John Travolta, Anton Szandor LaVey...

Quand Trash Times pactise avec Utopia, c’est toujours par nuit de Lune Noire... À quelques heures du lâcher de sorcières, venez célébrer Satan et son règne sur le cinéma des années 70. La grande salle de notre cinéma préféré prendra des airs de « Grindhouse », avec une programmation placée sous le signe de la « Satansploitation ». Ce sous-genre, disséqué dans le dernier numéro de la revue Trash Times, sera à l’honneur avec la projection de l’un de ses fleurons.
LA PLUIE DU DIABLE est servi par une distribution étoilée : William Shatner, Ida Lupino, Tom Skeritt, John Travolta, et le magistral Ernest Borgnine, cinquième branche de ce démoniaque pentagramme. Indéfectible adorateur de Satan, ce dernier pose son culte dans une ville fantôme du Nouveau Mexique, qui va devenir le terrain de la lutte du Bien contre le Mal, balayé par les pluies infernales dans un climax apocalyptique et purulent. Avis d’averses sur les goreux ! sortez les parapluies ! Que le diable nous garde, cette bande a reçu la bénédiction de l’Eglise de Satan et d’Anton LaVey, qui y incarne le rôle de « Grand Prêtre » qu’il a tenu toute sa vie.

C’est encore ce dernier qui apparaît de manière fantomatique dans le film culte de Kenneth Anger proposé en avant-programme : INVOCATION OF MY DEMON BROTHER (1969). Maudit et prémonitoire, ce court-métrage déroule une galerie kaléidoscopique et psychédélique des différentes personnalités qui ont croisé la route du mage cinéaste dans la dernière moitié des années 60, au cœur de la contre-culture. On peut notamment y voir le musicien Bobby Beausoleil, qui allait tuer au nom de Charles Manson ; et les Rolling Stones rendre hommage à Brian Jones, sous le mauvais œil des Hells Angels à Hyde Park. L’ensemble est monté selon un rituel Magick, à la gloire de la « Grande Bête 666 », l’occultiste Aleister Crowley.

Enfin, les plus convertis pourront prolonger l’expérience satanique en participant à un sabbat cinéphile et musical dans les arcanes secrètes d'Utopia en compagnie notamment de Sononame et de Simon Girault-Têtevide (concepteur du mémorable et succulent "Vegan Holocaust" pour notre séance du 5 juin dernier), et porter un toast au grand cornu jusqu’aux petites heures de Samhain...
(Guillaume Richard)

Sabbat réservé aux 66 premiers détenteurs d'un billet pour la séance

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DIMANCHE 2 OCTOBRE 2016 - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif habituel Utopia

BLIND SUN
Un film de Joyce A.Nashawati

France/Grèce, couleur, 1h28, VF et VOSTF
Avec Ziad Bakri, Yannis Stankoglou, Louis-Do de Lencquesaing, Laurène Brun, Mimi Denissi.

En présence de la réalisatrice Joyce A. Nashawati

Lune Noire, saison 2 ! En ouverture, une séance de rattrapage s’imposait pour un film qui n’est jamais arrivé sur les écrans bordelais. Pourtant, 2016 aura enfin asséné un coup de fouet salutaire au fantastique hexagonal grâce à deux réalisatrices francs-tireuses poussant le fantastique dans les terres de l’inquiétante étrangeté : ce fut d’abord ÉVOLUTION de Lucille Hadzihalilovic (que vous avez pu voir à Utopia) et, donc, BLIND SUN de Joyce A. Nashawati.

Dans un futur proche, la Grèce, touchée par une pénurie d’eau, subit toujours les effets d’une crise économique qui la pousse irrémédiablement vers le chaos social. Ashraf, un immigré solitaire, se voit confier la garde d’une luxueuse villa balnéaire, propriété d’une famille française travaillant pour Bluegold, la société jouissant du monopole de la distribution d’eau. Isolé dans cette maison écrasée par la chaleur de l’été caniculaire, Ashraf ne se sent pourtant pas seul…

Dès ses films courts, Joyce A. Nashawati a fui tous les stéréotypes du fantastique (n’espérez pas voir de zombies…) et offre une vision placée sous le signe de l’Ange du bizarre cher à Edgar Allan Poe. Dans LE PARASOL (2008) par exemple, un homme se baigne dans la mer, revient sur la plage auprès de sa compagne, mais elle n’est plus sûre que ce soit la même personne à ses côtés.
Pour son premier long métrage, la jeune cinéaste déloge ainsi le sentiment d’angoisse de ses zones ténébreuses pour l’exposer à une lumière aveuglante. Avec Giorgos Arvanitis, le directeur de la photographie attitré du cinéaste Theo Angelopoulos, elle solarise jusqu’à la sensation de soif sa texture filmique et donne « l’impression de chaleur dans la matière-même de l’image » dixit la réalisatrice.

Le récit, infusé par une inquiétude sourde, ne s’offre alors qu’au prix d’une combustion lente.
Le spectateur, invité au dérèglement sensoriel jusqu’à l’envoûtement, navigue aux frontières d’une abstraction digne d’un huis-clos polanskien et se confrontera, peut-être, à l’irrésolu.
Mais loin de n’être qu’un (bad) trip paranoïaque, le film est aussi en prise directe avec notre actualité européenne. Les inégalités sociales, le monopole des grandes sociétés sur l’accès aux matières premières, le destin des migrants, les émeutes et la répression policière entoilent la psyché du héros. Le voyage au bout de lui-même qu’il entreprend, ce « cauchemar dans lequel il s’enfonce doucement », embrasse alors la crise d’une Europe étouffée et déjà agonisante.
BLIND SUN est assurément une anticipation pas si dystopique que ça… (Julien Rousset)

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DIMANCHE 5 JUIN - 20H/22H15
DOUBLE SÉANCE CANNIBALES !

Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Pour clore cette première saison de Lune Noire en festin final, voici donc un double-programme saignant dédié aux anthropophages :

20H

VIRUS CANNIBALE
(VIRUS / L'ENFER DES MORTS- VIVANTS)
Bruno Mattei
Italie, 1980, couleur, 1h43, VF

Avec Margit Evelyn Newton, Franco Garofalo, Selan Karay, José Gras, Gaby Renom...
Musique de Goblin

Projection 35mm
Interdit aux moins de 16 ans

En Nouvelle-Guinée, un accident de laboratoire répand un terrible virus destiné à régler le problème de surpopulation mondiale. Des reporters et une bande de soldats en déroute vont bientôt constater que la contagion transforme les habitants en morts-vivants affamés.

Que s’est-il passé dans la tête de Bruno Mattei, alias Vincent Dawn, plagiaire génial ou minable selon les avis, lorsqu’il tourne VIRUS CANNIBALE ? On peut douter que le but fut d’arriver à ce télescopage cinématographique quasi Dada dont l’épine dorsale serait le ZOMBIE de George Romero. Mais un ZOMBIE où un soldat vêtu d’un tutu vert se lance soudain dans l’imitation du Gene Kelly de CHANTONS SOUS LA PLUIE. Où l’intrigue est zébrée d’extraits d’autres films : le documentaire Mondo NOUVELLE GUINÉE, L’ÎLE DES CANNIBALES et des stock-shots improbables d’animaux bondissants. Où la musique est constituée de compositions volées aux Goblins pour CONTAMINATION et… ZOMBIE ! Où un discours alter-mondialiste avant l’heure côtoit les séquences gores les plus crasses.

Surnageant dans ce délire, la charmante Margit Evelyn Newton fait tout son possible pour garder un imperturbable sérieux. Dernière précision : tout comme son mythique RATS DE MANHATTAN, le VIRUS CANNIBALE de Bruno Mattei ne doit se savourer qu’en VF !
(Julien Rousset)

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INTERLUDE : VEGAN HOLOCAUST
par Simon Girault-Têtevide
Après la projection de VIRUS CANNIBALE et dans l'expectative de l'effroyable CANNIBAL HOLOCAUST, quoi de tel qu'un petit buffet de circonstance pour se détendre ?
Quelle ne fut pas la terreur d'une partie des spectateurs de découvrir Simon Girault-Têtevide offert en pâture à l'appétit des moins timorés. Il ne fallut qu'une vingtaine de minutes pour qu'il soit en partie dévoré à la petite cuillère, aux notes sirupeuses de la musique de Riz Ortolani. Il n'en restait plus une extrémité, les doigts et les orteils ayant été particulièrement prisés. La recette de ce festin pseudo-anthropophage dans la lignée du théâtre du Grand Guignol : algue agar agar, chocolat blanc, fraises, cerises. Shockingly delicious!

Merci à Éric Camara pour les photos.

http://www.girault-tetevide.org/

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22H15

CANNIBAL HOLOCAUST
Ruggero Deodato
Italie, 1980, couleur, 1h38, VF

Avec Robert Kerman, Carl Gabriel Yorke, Francesca Ciardi, Perry Pirkanen, Luca Barbareschi
Musique de Riz Ortolani

Projection 35mm
Interdit aux moins de 16 ans.
Avertissement : certaines images sont susceptibles de heurter la sensibilité du public.

Partie filmer une tribu anthropophage aux confins de l’Amazonie, une équipe de reporters ne donne plus signe de vie. Un professeur d’université lance une expédition à leur recherche, mais seuls les films tournés par l’équipe sont retrouvés. De retour à New York, le visionnage commence…

Au générique de fin de son récent GREEN INFERNO, Eli Roth se fend d’une dédicace dévote à Ruggero Deodato et à CANNIBAL HOLOCAUST. Parangon indétrônable d’un genre à part entière - le film de cannibales - c’est certainement l’œuvre la plus extrême du cinéma bis italien. Interdit dans une cinquantaine de pays, le film alimenta les rumeurs les plus folles : snuff movie ? Acteurs réellement dévorés ? Mais ces outrages sanglants ont masqué le vrai but de Ruggero Deodato : critiquer la fabrication de documentaires sortant à l’époque dans les salles de cinéma appelés Mondo movies. Tout comme l’équipe de reporters de CANNIBAL HOLOCAUST, ces films amenaient au public une vision ethnocentrique et sensationnaliste de civilisations dites “primitives”. Le cinéaste questionne donc sans mettre de gants la déontologie de ces images qui fantasment l‘autre en “sauvage”. Et 35 ans plus tard, la force du film est intacte. Comment pourrait-il en être autrement à l’heure d’internet et des chaînes d’infos continues ?
(Julien Rousset)

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VENDREDI 6 MAI - 20H
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux

HORMONA
Trois films charnels de Bertrand Mandico

En présence du réalisateur et d'Elina Löwensohn
Durée du programme : 49 min.

PREHISTORIC CABARET (2013, 10 min.)
Dans l'atmosphère alcoolisée d'un cabaret islandais de troisième zone, une meneuse de revue entreprend, sur sa propre personne, de nous faire découvrir les vertiges d'un cinéma des profondeurs.

Y'A T-IL UNE VIERGE ENCORE VIVANTE ? (2015, 9 min.)
Une légende prétend que Jeanne d'Arc n'est pas morte au bûcher. Les yeux brulés, déflorée par un étalon anglais, elle fut condamnée à errer, tel un charognard sur les champs de bataille, en quête de chair virginale.

NOTRE DAME DES HORMONES (2014, 30 min.)
Avec Elisa Löwensohn et Nathalie Richard, et la voix de Michel Piccoli.
Deux actrices séjournent dans une villa isolée afin de répéter une version transgenre d'Œdipe. Lors d'une promenade dans les bois, l'une d'elles découvre une créature informe et visqueuse qui devient un objet de convoitise pour les deux femmes, alors prêtes à tout pour posséder la chose...

Avec ce programme protéiforme réuni sous le titre d'HORMONA où l'on retrouve Elina Löwensohn, l'égérie du cinéaste, nous voici en présence d'un cocktail visuel insolite qui célèbre le mariage de Cocteau et de Cronenberg dans un décor acidulé de giallo. Si incontestablement Mandico est un artiste sous l'influence d'un certain cinéma Bis, il transcende ces références à l'aune de ses propres obsessions où l'organique se mêle au végétal, composant son cadre comme un tableau fourmillant de détails changeants, expérimentant inlassablement les formes de la métamorphose en restant fidèle à la pellicule 16mm et aux trucages artisanaux : une sorte de Méliès du cauchemar baroque - paradoxalement beau, bizarre et drôle.
Vous croyez avoir déjà tout vu ? Impossible. Laissez-vous tenter par l'inconnu...
(Bertrand Grimault)

L'appeau aux chimères : rencontre avec Bertrand Mandico sur Mauvais Genres

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21H30
CARTE BLANCHE À BERTRAND MANDICO
HOMMAGE À ANDRZEJ ZULAWSKI

POSSESSION
Un film d'Andrzej Zulawski
France/Allemagne, 1981, couleur, 2h04, VOSTF
Avec Isabelle Adjani, Sam Neill, Heinz Bennent...

Projection numérique / version intégrale remasterisée
Interdit aux moins de 16 ans

De retour à Berlin après une longue absence, Mark retrouve son épouse Anna et leur jeune fils Bobby dans l'appartement qu'ils occupent à la lisière du Mur. Mais le couple se déchire, Anna se dérobe et son attitude de plus en plus erratique conduit Mark à soupçonner qu'elle a un amant en la personne de Heinrich, une sorte d'aventurier mystique. Il apparait qu'Anna, sombrant progressivement dans la folie, l'a délaissé pour un être qui n'a rien d'humain.

Réalisé après le succès de scandale de L'IMPORTANT C'EST D'AIMER et le retour manqué de Zulawski en Pologne une nouvelle fois frappé par la censure, POSSESSION représente l'acmé de la fureur stylistique du cinéaste, et probablement son chef-d'œuvre. Véritable film-monstre aux acteurs consumés par des rôles d'une intensité peu commune (Adjani y est littéralement possédée), il ne saurait être réduit au genre horrifique auquel il emprunte son climat d'angoisse et ses déflagrations de violence meurtrière. Au travers du drame intime de la séparation, sous la lumière blafarde d'une ville meurtrie coupée en deux (un Berlin de rouille et de fantômes magnifiquement photographié par Bruno Nuytten), on est tenté d'y lire la parabole kafkaïenne de la perte d'identité, et plus encore d'un monde en décomposition propice à l'apparition d'une créature hideuse et maléfique, à la fois fantasme et figure de l'aliénation se nourrissant de ses victimes - notre propre double, alien n'ayant d'humain que l'apparence, prêt à se fondre dans la masse à l'aube d'un cataclysme annoncé.

Vision infernale et paroxystique d'un artiste radicalement pessimiste, POSSESSION est une œuvre viscérale inspirant autant la répulsion que la fascination. Un labyrinthe halluciné où se fracassent les êtres dans le tournoiement incandescent de leurs passions et de leur désir, tels des papillons de chair et de sang. (Bertrand Grimault)

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JEUDI 7 AVRIL - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux

CRUISING
(La Chasse)
Un film de William Friedkin

États-Unis, 1980, couleur, 1h46, VOSTF
Avec Al Pacino, Paul Sorvino, Karen Allen...
Musique de Jack Nitzsche

Projection numérique / version restaurée

Interdit aux moins de 16 ans

New-York, 1980. Une vague de meurtres touchant le milieu homosexuel tendance cuir/SM agite la ville. Steve Burns, jeune policier ambitieux accepte d’infiltrer cette communauté et ses lieux de rencontres pour enquêter. Immergé dans un monde aux règles totalement étrangères aux siennes, obsédé par le tueur, il sombre peu à peu…

Exemplaire parcours que celui de William Friedkin, qui à lui seul résume la désormais glorieuse décennie du Nouvel Hollywood, partie d’une totale liberté accordée aux auteurs à l’inflexible reprise financière des studios après quelques échecs ayant failli causer leur perte pure et simple. Devenu en l’espace de deux films (FRENCH CONNECTION et L'EXORCISTE) l’enfant chéri du cinéma américain, il en deviendra aussi rapidement un paria après le désastre économique de ce qui reste pourtant son chef-d’œuvre, l’immense SORCERER. Une dépression et un film anecdotique plus tard, Billy le Dingue (son surnom) ne jette pas l’éponge et retrouve ses ardeurs en livrant avec CRUISING l’un des sommets, trouble et ambigu, de sa filmographie.

Cinéaste du mal, obsédé par le concept de morale, Friedkin prend les backrooms moites du New-York interlope de la fin des 70’s comme décorum d’un récit tortueux et torturé, aussi mental que viscéral. Ou quand la chasse d’un tueur en série par un policier infiltré, devenant exploration d’un esprit déchiré par la perte de repères moraux, aboutit finalement à une réflexion sans fard sur le moteur pulsionnel humain. Énorme prise de risque et accueil à la hauteur, puisque le film sera conspué, taxé d’homophobie et fui par le public. C’est qu’à l’époque, investir ces lieux aussi souterrains que sulfureux sans regard moralisateur, avec l’approche objective du documentariste, pour les dépeindre peu à peu comme l’enfer métaphorique - un chaos sexuel et fétichiste - dans lequel se perd un Al Pacino livré à lui-même, il y avait peu de chance que ça fasse recette… Atterré devant le résultat, furieux de découvrir l’ambigüité morale de son personnage qu’il avait appréhendé autrement, Pacino refusera d’assurer la promotion du film et en voudra éternellement à son metteur-en-scène. Sans doute fut-il surtout gêné de se voir aussi démuni devant l’objectif du cinéaste, en totale roue libre parfois, très loin de l’image de l’acteur tout puissant qu’il bâtissait alors, rôle après rôle.

Aussi inflexible envers le spectateur qu’envers son acteur principal, refusant tout compromis et toute facilité, Friedkin se paie le luxe de nous perdre à l’intérieur d’un récit diabolique, maelstrom d’images infernales directement héritées de son EXORCISTE passé à la moulinette du cinéma underground Gay de l’époque et de l’exploitation italienne des dix dernières années (le Giallo, cinéma de la pulsion fétichiste et du voyeurisme, est une influence aussi évidente que pertinente). Résultat : plus de trente ans après, on ne peut être que soufflé par l’audace thématique et formelle du cinéaste, qui sous le vernis d’un thriller extrêmement sombre, propose peut-être l’œuvre la plus radicalement expérimentale de sa carrière, toujours ouverte à une multiplicité de lectures. L’un des plus beaux films malades de la période, à réhabiliter d’urgence. (Mathieu Mégemont)

Séance suivie de la projection d'un film surprise pour public très averti.

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MERCREDI 9 MARS - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 6,50 € ou ticket d'abonnement

LE VENIN DE LA PEUR
(Una lucertola con la pelle di donna / Carole - Les salopes vont en enfer / Shizoid)
Un film de Lucio Fulci

Italie, 1971, couleur, 1h42, VOSTF
Avec Florinda Bolkan, Anita Strindberg, Stanley Baker, Jean Sorel...
Musique d’Ennio Morricone

Projection numérique / version restaurée

Carol Hammond, membre de la bonne société londonienne, confie à son psychanalyste un rêve récurrent : une troublante relation saphique débouchant sur le meurtre de sa partenaire sexuelle. Quelques jours plus tard, sa voisine, l’actrice en vogue Julia Durer, est assassinée dans son appartement après une fête où s’est pressé le gratin hippie de la ville. Or, Julia Durer n’est autre que la femme dont rêve Carol…

Dès la scène d’ouverture, LE VENIN DE LA PEUR déploie tout son pouvoir de fascination sulfureux. Baroque et onirique, la séquence invite le spectateur à entrer dans le labyrinthe à fantasmes de l’héroïne, une femme persuadée d’avoir commis un meurtre en état de transe.
Plus qu’une version latine - donc poussée dans le rouge - du REPULSION de Roman Polanski (rappelons que le personnage incarné par Catherine Deneuve s’appelle… Carol), le film de Lucio Fulci est un des plus beaux Giallo qui soit. Un genre cinématographique issu de la littérature de gare et qui allait inonder les écrans transalpins suite au succès des premiers films de Dario Argento (L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL en tête).
LE VENIN DE LA PEUR ne déroge pas à ses règles précises : une machination policière, l’étalage psychédélique de l’inconscient, des assassinats fétichisés, les volutes musicales envoûtantes d’Ennio Morricone et au cœur de l’intrigue, toujours, la femme et sa sexualité.
Mais ici, l’héroïne s’affranchit du rôle habituel de victime érotisée pour devenir le siège de toutes les contradictions d’une époque. Cinéaste volontiers misanthrope, Lucio Fulci brouille ainsi les rapports entre psychanalyse et frustrations sexuelles et renvoie dos à dos libéralisation hippie des mœurs et carcan bourgeois.

Si le culte voué à ce cinéaste est tributaire d’une tétralogie macabre consacrée aux morts-vivants (L’ENFER DES ZOMBIES, L’AU-DELÀ…), on aurait tort de négliger, au sein d’une longue carrière protéiforme (ses comédies et ses westerns restent injustement sous-estimés), une série de Gialli atypiques dont LE VENIN DE LA PEUR est sans conteste l’aboutissement. Les référents picturaux (Salvador Dali et Francis Bacon sont clairement cités) choisis ici par Lucio Fulci ne sont pas les moindres atouts d’une mise en scène hallucinée (split-screens, flous, ralentis…).
Le cinéaste choisit également de s’entourer du directeur de la photo d’Elio Petri (Luigi Kuveiller), de Florinda Bolkan, formidable actrice brésilienne à la filmographie exigeante et d’Anita Strindberg, beauté glaçante du Giallo (QUI L’A VUE MOURIR, LA QUEUE DU SCORPION).

La (re)découverte du film témoigne d’un phénomène significatif de l’histoire récente de la cinéphilie : la réévaluation de certains cinéastes italiens majeurs œuvrant dans les genres, jadis rois des vidéoclubs et aujourd’hui célébrés par les plus vénérables institutions. Dario Argento et Mario Bava en premier lieu, mais aussi Lucio Fulci.
Après deux sorties confidentielles dans les salles françaises sous le titre CAROLE, puis LES SALOPES VONT EN ENFER (faisant naître la légende d’une version caviardée d’inserts pornos), le film n’est resté visible en France qu’en cassette VHS. LE VENIN DE LA PEUR jouit aujourd’hui d’une splendide copie restaurée faisant éclore toute la beauté frénétique du film. Immanquable !
(Julien Rousset)

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LUNDI 8 FÉVRIER - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux

THE DRIVER
Un film de Walter Hill

États-Unis, 1978, couleur, 1h47, VOSTF
Projection numérique / version restaurée

Avec Ryan O'Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern...

Los Angeles. Dans cet espace indéfini, déroulant ses blocks géométriques tel un échiquier géant, le meilleur chauffeur à gages de la ville se fait prendre en chasse par un flic obsessionnel. Animés tous deux par une quête chimérique de perfection, ils s’enfoncent dans une compétition malsaine alors qu’une femme entre dans la vie du chauffeur pour tenter de lui dérober le butin de son dernier contrat.

Après une courte carrière de scénariste (pour Peckinpah entre autres) et avant de devenir l’un des plus importants réalisateurs de blockbusters Badass des années 80 (LES GUERRIERS DE LA NUIT, 48 HEURES…), Walter Hill fut pour une courte période un des cinéastes américains les plus remarquablement singuliers de la seconde moitié des 70’s. Pour preuve, THE DRIVER, son second film scintille comme un diamant noir à l’heure où Hollywood fêtait avec STAR WARS l’avènement du divertissement régressif et spectaculaire. Véritable réanimation du Film Noir américain des années 40 passé à la moulinette européenne (Bresson et Melville sont les influences assumées de Hill), le cinéaste se sert d’une intrigue prétexte pour orchestrer une sorte de ballet immobile, une partie d’échec mentale, entre trois archétypes anonymes (le chauffeur, le flic, la joueuse) seulement mus par leurs névroses respectives ou par une destinée morbide qu’ils semblent désirer plus que subir. Dans un Los-Angeles nocturne et désert, ces trois fantômes se cherchent, se croisent, s’évitent, dans une partie jouée d’avance et dont les courses-poursuites automobiles – parmi les plus impressionnantes jamais tournées – les mènent de plus en plus sûrement vers leur fin. Dans un monde vidé de substance, tout mouvement n’est qu’une fuite en avant semble nous dire Hill, et il convient donc de le faire avec grâce, pour la seule beauté du geste.

Objet fantasmatique, pur film de mise-en-scène, THE DRIVER est une réussite étourdissante, Hill parvenant à marier avec une grâce et une subtilité déconcertantes l’épure Bressonienne et la vigueur du cinéma d’action américain pour un résultat aux confins de l’abstraction, l’inscrivant comme un des derniers gestes flamboyants du Nouvel Hollywood. Nicolas Winding-Refn s’en souviendra trente ans plus tard pour DRIVE, quasi-décalque de ce Driver à la beauté et à la puissance de fascination toujours intactes.
(Mathieu Mégemont)

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DIMANCHE 10 JANVIER - 20H45
Cinéma Utopia

5 Place Camille Jullian, Bordeaux

MUDHONEY
Un film de Russ Meyer

États-Unis, 1965, n&b, 1h32, VOSTF
Projection 35mm

Avec Hal Hooper, John Furlong, Frank Bolger, Stuart Lancaster, Lorna Maitland, Rena Horten...

"Si vous doutez encore que Russ Meyer soit un grand cinéaste (ce qui j'espère n'est pas le cas), les premières minutes de MUDHONEY vont vous convaincre aussitôt du talent incontestable du maître. Mêlant gothique sudiste, littérature pulp rurale et cinéma d'exploitation tendance "roughie", il nous dépeint ici un univers campagnard grotesque et dégénéré pas si éloigné des récits d'Erskine Caldwell et Tennessee Williams. Posant les bases du mélodrame hillbilly et de la hicksploitation (le cinéma de péquenauds, en d'autres termes, qui fit les heures de gloire des drive-in dans les années 60 et 70), ce successeur du déjà bien poisseux LORNA, contemporain du 2000 MANIACS de Herschell Gordon Lewis, contient en germe tous les éléments qui allaient caractériser le genre "redneck".

Calif McKinney (John Furlong), un Nordiste, se retrouve dans un bled paumé du nom de Spooner. Le lieu est gangréné par la violence, l'alcoolisme, la folie et la répression sexuelle, là où les gens sont obsédés par le péché et sa transgression. Les filles sont des bombasses demeurées, les mecs des ivrognes abjects et tout le monde semble avoir besoin d'un bon dentiste. En acceptant de travailler à la ferme du vieillissant Lute Wade (Stuart Lancaster), Calif tombe sous le charme de la nièce du propriétaire terrien, Hannah Brenshaw (Antoinette Cristiani) mais celle-ci est déjà mariée à l'odieux Sidney (Hal Hopper). La rage de ce dernier, devenu incontrôlable depuis l'arrivée du citadin, va alors se propager à toute la communauté, et les discours du prêcheur local Brother Hanson (Frank Bolger) ne vont rien faire pour calmer la populace. Hystérie, lynchage, sexe, beuveries et humour noir, le "Fellini rural" propose même une virée au bordel chez la joviale et édentée Maggie Marie (Princess Livingston) et une scène de funérailles que vous n'êtes pas prêts d'oublier. Ici, on boit du moonshine, on viole les jeunes filles dans la boue et on se fait justice soi même.

Tourné au Texas et basé sur le roman "Streets Paved with Gold" de Raymond Friday Locke, MUDHONEY, sorti presque dix ans plus tard en France sous le titre LE DÉSIR DANS LES TRIPES, était un film définitivement courageux dans l'Amérique tourmentée des années 60, en pleine déségrégation mais toujours hantée par ses vieux démons. Ce portrait sans fioritures d'un Sud cauchemardesque et intolérant, éloigné des règles de la civilisation, où les femmes sont soumises aux agressions des hommes, n'est pas qu'un exercice de style qui tente de plonger le spectateur dans les tourments de la Grande Dépression, mais davantage une satire sociale ultra pessimiste sur les maux de l'Amérique contemporaine. Ajoutez à cela les poitrines prêtes à exploser de Lorna Maitland et Rena Horton et des acteurs qui semblent sortir tout droit du casting de "Délivrance" (les incroyables Sam Hanna et Mickey Foxx) et vous obtenez un cocktail détonnant !

"Welcome to Sex !" proclamait la bande annonce. Au final le film fut un des rares échecs commerciaux du Sir Meyer. Forcément, une affiche avec la silhouette d'un homme pendu, ça ne fait pas venir les foules. Honte à eux ! L'Amérique aliénée de ces ploucs attardés ressemble aux meilleures pages des romans de Harry Crews. À déguster avec de l'alcool qui rend fou."
(Maxime Lachaud)

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Séance en présence de Maxime Lachaud, essayiste et journaliste spécialiste de la littérature du Sud des États-Unis, auteur de "Redneck Movies - Ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain" (Rouge Profond, 2014)

Rencontre-signature avec Maxime Lachaud
à la librairie-galerie La Mauvaise Réputation, 19 rue des Argentiers,
le samedi 9 janvier à partir de 16h.

Les "redneck movies" représentent tout un pan du cinéma d'exploitation américain, qui connut son heure de gloire entre les années 1960 et 1980 - et qui se poursuit aujourd'hui de façon plus diffuse. Le genre gagnera ses lettres de noblesse au début des années 1970 avec DÉLIVRANCE (1971) de John Boorman ou MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE (1974) de Tobe Hooper, et envahira outre-Atlantique le cinéma et même les écrans de télévision, au point que l'on parle de la "hicksploitation", le "cinéma de péquenaud". Deux courants principaux dans cette tradition cinématographique : le premier présente soit des citadins trop sûrs d'eux confrontés aux mœurs et aux manières primitives de la campagne, un univers violent de survie et de pauvreté où émergent les instincts les plus refoulés et brutaux, soit la peinture d'un univers inquiétant et dégénéré en dehors des lois et des normes urbaines. L'autre tendance est moins sombre et plus populaire, avec des bons gars de la campagne, revendant de l'alcool de contrebande, poursuivis par des shérifs niais et des hordes de malfrats. Tout cela se règle dans des courses-poursuites en voitures sur fond de musique bluegrass, avec pour seuls décors une station-service, un café, des fermes isolées et des routes.

Le volumineux ouvrage de Maxime Lachaud, très richement illustré et bénéficiant d'entretiens inédits (avec John Boorman, Tobe Hooper, Jeff Lieberman, David Worth, Glen Coburn, Yves Boisset, William Grefé...), met les mains dans la boue pour découvrir une Amérique représentée par cet autre cinéma, étrange, poisseux, dégénéré, écrasé sous un soleil de plomb. L'auteur est remonté aux origines du stéréotype populaire du redneck (cou rouge), en précisant le contexte socio-historique afin d'en saisir l'esthétique. Certains films évoqués sont des classiques du cinéma, d'autres sont totalement obscurs, presque introuvables. Vous découvrirez donc ici autant de chefs-d'œuvre que de nanars, autant de joyaux noirs que de films fauchés. Le genre est aussi exploré dans toute sa richesse (porno paillard, cannibalisme hillbilly, créatures des marais, comédies de ploucs, slashers ruraux, etc.) et dans l'impact qu'il a pu avoir en dehors des frontières américaines, y compris dans le cinéma actuel.

Essayiste et journaliste français, Maxime Lachaud s'est imposé comme une référence dans la recherche autour des arts et de la littérature du Sud des États-Unis. Il est l'auteur du livre Harry Crews, un maître du grotesque (K-Inite, 2007), la première étude française sur cet écrivain sudiste majeur. Attiré par les marges, Lachaud a coécrit une encyclopédie critique du cinéma Mondo (Reflets dans un oeil mort, Bazaar et co, 2010) ou codiriger une anthologie sonore sur le groupe de science-fiction expérimentale Limite (Aux Limites du son, La Volte, 2006). Ses entretiens, très nombreux, pour divers médias (presse, télé, radio) l'ont amené à rencontrer des cinéastes de toutes nationalités.

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Un événement proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia, Radio Nova Sauvagine et BDXC.
Ce projet bénéficie de l'Aide à la création et à l'innovation de la Ville de Bordeaux.
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